Petit à petit, shway shway, je
rattrape mon retard et avance dans le récit des premiers jours. Mais non, ami
lecteur, toujours pas de description de Dohuk en vue ! Je garde ça pour la
prochaine fois – si tu es sage. Pour le moment, j’aborde le sujet par la
toute toute petite porte : la maison de ma collègue MC, qui m’a hébergé
lors de mes premières nuits à Dohuk.
Arrivées à l’aéroport d’Erbil le
jeudi soir, nous dormons sur place, histoire de nous remettre de nos émotions
(la virée à Carouf, j’entends, pas le fait d’être en Irak). Nous prenons donc
la route pour Dohuk le vendredi matin, fonçons tout droit au bureau, bossons
jusqu’à la nuit, puis rentrons dormir chez ma collègue MC, crevées de notre journée.
On est trois, elle a trois chambres : parfait, c’est le grand luxe !
A un détail près : il fait dans la maison à peu près aussi chaud que
dehors, c’est-à-dire dans les 8 degrés (la journée). Heureusement les
chambres sont équipées d’une clim réversible ! Enfin… deux sur trois le
sont, et comme ma autre collègue est un peu malade, je me retrouve dans la
troisième chambre, avec un chauffage à gaz de rien du tout (elle essaie de me
faire croire que ça chauffe bien, mais ma cocotte, je ne suis pas née de la
dernière pluie, c’est pas mon premier hiver oriental, et je sais bien que ça
vaut pas un clou, ton chauffage à gaz, si t’es à plus de 80cm de l’engin).
Comme lot de consolation, j’ai droit à la meilleure couette de la baraque pour
compenser, et une bouillotte pour me remémorer mes meilleurs moments à la
favela… Et puis je me console en me disant que, contrairement à mes acolytes,
je ne risque pas le choc thermique en passant d’une pièce à l’autre de la
maison…
On se boit une petite infusion de
mamie dans la cuisine en gardant nos manteaux, et après un pipi, pyjama, et au
lit ! Enfin, c’est plus vite dit que fait. Première étape, le pipi… Ah
tiens, « sympa », elle a des WC à la turque. Déjà je passe 2mn à me
demander dans quel sens me mettre. J’ai toujours ce dilemme dans les WC à la
turque : vaut-il mieux s’accroupir face au mur, la tête dans les
éclaboussures des gens passés avant, ou bien face à la porte, en se demandant
toujours si on ne va pas gicler trop fort et déborder partout – et oui nous les
femmes on ne maîtrise pas toujours notre force… (note pour maman : tu as
failli à ton rôle, tu aurais du m’apprendre ça quand j’étais petite, après j'ai jamais osé poser la
question et me voilà, 27 ans plus tard, étalant mon traumatisme du sens du pipi
dans les WC à la turque devant tout le monde – j’espère que tu te rends compte
de ta responsabilité dans cette affaire). Au bout d’un moment, et après
plusieurs essais, je me décide finalement pour l’option « face à la
porte », je baisse mon pantalon, et voilà que surgit le 2ème
problème : comment on fait pour voir où on vise avec le pantalon qui cache
tout ? Je vais comment même pas me mettre à poil juste pour
pisser ??? J’avoue que, en temps normal, je m’embarrasse moins de ce genre
de questions, j’y go, et advienne que pourra. Mais bon, en temps normal, quand
je me retrouve dans des WC à la turque, c’est dans des lieux publics, mais là,
si j’en mets au large, je ne sais pas si ce sera de bon augure pour mes
relations de travail avec ma nouvelle collègue ! Donc je me prends encore
la tête pendant une ou deux minutes avant de me jeter à l’eau avec le plus de
délicatesse possible. Et là, la surprise me fait oublier tous mes
questionnements existentiels : il fait tellement froid dans ces WC que mon
urine fait de la vapeur ! Bouchez vos nez si vous ne voulez pas
inhaler !!!
Après ça, je file dans ma
chambre, me déshabille, et mets mon pyjama de l’extrême : col roulé,
chemise de nuit et chaussettes qui montent au genou (le lendemain j’ai même
ajouté un pantalon), je cale la bouillotte entre mes pieds, et c’est parti pour
une nuit dans la chambre froide ! De toutes façons, il faut que je profite
du froid tant qu’il est là : l’été il fait 50 degrés…
PS : non, frangin, je
m’entends bien avec elle, mais MC n’est pas l’abréviation de ma couille – ça,
je te le réserve !
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