jeudi 1 mars 2012

Dohuk, ton univers impitoyable !


Et oui, après trois semaines d’observation, mes premières conclusions sont formelles : le Kurdistan, c’est le Texas, et les Kurdes, c’est des gros bœufs à la George W. On m’avait bien prévenue avant mon départ que la société kurde était très conservatrice, machiste, et que les Kurdes étaient rustres. Bof, je me suis dit : je viens de Châtillon, et j’ai fréquenté assez de Colombins pour savoir ce que c’est que des gros bourrins… Ben ouais, à la réflexion, Dohuk c’est un peu le Sainte-Colombe-sur-Seine du Kurdistan : une société toute en finesse et en délicatesse. Mon petit Plot m’avait fait la bonne blague de m’envoyer quand j’étais à Beyrouth, deux heures avant mon (faux) départ pour l’aéroport, un lien avec des documentaires tous les plus horribles les uns que les autres sur le Kurdistan irakien (si vous voulez vous marrer cinq minutes – ou pas – le lien est ici) : excision, immolation par le feu, et autres joyeusetés de ce type. Certes, je ne connais pour le moment quasiment pas de Kurdes, et j’essaie donc de ne pas tirer trop vite des conclusions caricaturales sur la société. Mis à part la banquière, une petite poule réfugiée de Bagdad qui miaule quand elle parle et est tellement apprêtée qu’elle détonne dans l’ambiance de Far West (plutôt Up North en l’occurence) local, je n’ai rencontré jusqu’à présent que des hommes, via le boulot et je ne me suis liée d’amitié avec personne. Je me suis mise en mode ours / hibernation sociale pour m’adapter à l’ambiance locale, et ne fréquente pour l’instant que ma collègue française (assez drôle dans son genre), mais surtout mon Kindle et mes cours d’arabe. Mais elle m’a confirmé hier que Dohuk est justement le gouvernorat du Kurdistan dans lequel les pratiques d’excision sont les plus répandues – chouette alors ! Et grâce à l’impayable revue de presse quotidienne du Consulat Général à Erbil, j’ai la chance de lire chaque jour une nouvelle histoire de viol familial et autres crimes d’honneur (j’ai failli écrire « d’horreur »)…

A côté de l’incroyable conservatisme social qui semble peser sur cette société, j’ai également été très surprise par le fric monstrueux qu’il semble y avoir et qui fait que le coût de la vie est relativement élevé, et en complet décalage avec la qualité de vie, qui est est assez déplorable. Le pseudo-supermarché à la soviet, Mazi, propose 3 paquets de pâtes turques et deux sachets de soupe déshydratée, 5 Bounty et 2 boîtes de Special K, mais affiche ses prix en dollars (pour flatter le côté « roi du pétrole » du mâle kurde ?). On m’a ri au nez pour ma recherche d’appart quand j’ai dit que j’avais un budget de 400 dollars, et effectivement les deux apparts que j’ai visités dans ces prix là étaient glauquissimes. Déjà, j’ai plus ou moins fait une croix sur l’idée d’avoir des WC à l’européenne (chouette alors, ça c’est une expérience rustique !), mais vraiment, entre un taudis dans un immeuble qui tombe en ruine et un appartement dont pas une fenêtre ne donne sur l’extérieur, mon cœur balance ! (toutes les fenêtres donnaient sur une sorte de puit de lumière de 1,5m de large à l’intérieur de l’immeuble… déjà que j’ai pas de vie sociale, si en plus j’habite là-dedans j’ai plus vite fait de me tirer une balle tout de suite, ça m’évitera six mois de constipation pour en arriver au même point !)

En fait, en repensant à ma collègue qui me parlait de l’esprit de clan, du conservatisme local, et de ses mésaventures de « on-dit » (forcément, une européenne qui vit seule ici, même si elle a 50 ans, est mariée et mène une vie d’ermite, ça fait forcément jaser), je me dis que le Kurdistan doit avoir quelques points communs avec la Libye telle que me l’a décrite Franck Martin… Quand je pense qu’à mon arrivée je me suis foutue de ma collègue qui trépignait comme une enfant devant les croissants de Carrefour… maintenant, au bout de trois semaines à peine, je commence déjà à me faire mentalement une liste de courses pour une escapade prochaine à Carrefour, qui me semble être le summum de la civilisation !

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