Et oui, après trois semaines
d’observation, mes premières conclusions sont formelles : le Kurdistan,
c’est le Texas, et les Kurdes, c’est des gros bœufs à la George W. On m’avait
bien prévenue avant mon départ que la société kurde était très conservatrice,
machiste, et que les Kurdes étaient rustres. Bof, je me suis dit : je
viens de Châtillon, et j’ai fréquenté assez de Colombins pour savoir ce que
c’est que des gros bourrins… Ben ouais, à la réflexion, Dohuk c’est un peu le
Sainte-Colombe-sur-Seine du Kurdistan : une société toute en finesse et en
délicatesse. Mon petit Plot m’avait fait la bonne blague de m’envoyer quand
j’étais à Beyrouth, deux heures avant mon (faux) départ pour l’aéroport, un
lien avec des documentaires tous les plus horribles les uns que les autres sur
le Kurdistan irakien (si vous voulez vous marrer cinq minutes – ou pas – le
lien est ici) : excision, immolation par le feu, et autres joyeusetés de
ce type. Certes, je ne connais pour le moment quasiment pas de Kurdes, et
j’essaie donc de ne pas tirer trop vite des conclusions caricaturales sur la
société. Mis à part la banquière, une petite poule réfugiée de Bagdad qui
miaule quand elle parle et est tellement apprêtée qu’elle détonne dans l’ambiance
de Far West (plutôt Up North en l’occurence) local, je n’ai rencontré jusqu’à
présent que des hommes, via le boulot et je ne me suis liée d’amitié avec
personne. Je me suis mise en mode ours / hibernation sociale pour
m’adapter à l’ambiance locale, et ne fréquente pour l’instant que ma collègue
française (assez drôle dans son genre), mais surtout mon Kindle et mes cours
d’arabe. Mais elle m’a confirmé hier que Dohuk est justement le gouvernorat du
Kurdistan dans lequel les pratiques d’excision sont les plus répandues –
chouette alors ! Et grâce à l’impayable revue de presse quotidienne du
Consulat Général à Erbil, j’ai la chance de lire chaque jour une nouvelle
histoire de viol familial et autres crimes d’honneur (j’ai failli écrire
« d’horreur »)…
A côté de l’incroyable
conservatisme social qui semble peser sur cette société, j’ai également été
très surprise par le fric monstrueux qu’il semble y avoir et qui fait que le
coût de la vie est relativement élevé, et en complet décalage avec la qualité
de vie, qui est est assez déplorable. Le pseudo-supermarché à la soviet, Mazi,
propose 3 paquets de pâtes turques et deux sachets de soupe déshydratée, 5
Bounty et 2 boîtes de Special K, mais affiche ses prix en dollars (pour flatter
le côté « roi du pétrole » du mâle kurde ?). On m’a ri au nez
pour ma recherche d’appart quand j’ai dit que j’avais un budget de 400 dollars,
et effectivement les deux apparts que j’ai visités dans ces prix là étaient
glauquissimes. Déjà, j’ai plus ou moins fait une croix sur l’idée d’avoir des
WC à l’européenne (chouette alors, ça c’est une expérience
rustique !), mais vraiment, entre un taudis dans un immeuble qui tombe en
ruine et un appartement dont pas une fenêtre ne donne sur l’extérieur, mon cœur
balance ! (toutes les fenêtres donnaient sur une sorte de puit de lumière
de 1,5m de large à l’intérieur de l’immeuble… déjà que j’ai pas de vie sociale,
si en plus j’habite là-dedans j’ai plus vite fait de me tirer une balle tout de
suite, ça m’évitera six mois de constipation pour en arriver au même
point !)
En fait, en repensant à ma
collègue qui me parlait de l’esprit de clan, du conservatisme local, et de ses
mésaventures de « on-dit » (forcément, une européenne qui vit seule
ici, même si elle a 50 ans, est mariée et mène une vie d’ermite, ça fait
forcément jaser), je me dis que le Kurdistan doit avoir quelques points communs
avec la Libye telle que me l’a décrite Franck Martin… Quand je pense qu’à mon
arrivée je me suis foutue de ma collègue qui trépignait comme une enfant devant
les croissants de Carrefour… maintenant, au bout de trois semaines à peine, je
commence déjà à me faire mentalement une liste de courses pour une escapade
prochaine à Carrefour, qui me semble être le summum de la civilisation !
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