Déjà, les amis, sachez que j’ai
développé ces derniers jours une vie sociale totalement effrénée. Partie à
Erbil dimanche avec ma collègue pour des rendez-vous boulot, j’en ai profité
pour faire le plein de mondanités (on a même eu droit à l’Ambass, attention les
vélos !), sorties resto, visites touristiques (j’ai presque l’impression
de dire un gros mot là… j’ai été à la citadelle d’Erbil quoi) et connaissances
en tout genre. J’ai même eu l’occasion d’utiliser mon arme secrète pour
socialiser (i.e. LE rire). Et après tout ça, de mardi à vendredi, c’était le
pont de Nawroz, le nouvel an kurde (on en est à l’année 2700 et des brouettes,
mais j’ai pas fait mes devoirs pour savoir ils comptent à partir de quel événement
– clairement l’intérêt de ce blog ne réside pas dans son érudition historique,
mais ça je pense que vous l’aviez déjà remarqué !), également appelé la
fête du printemps. Honnêtement, après la dernière tempête de neige sur Dohuk
samedi dernier, la perspective d’être en congés pour « fêter le
printemps » me faisait doucement rigoler. Mais finalement, la météo a eu
raison de mon sarcasme : depuis lundi, les thermomètres ont pris 20°, la
neige a fondu, les fleurs sortent dans les prés, les oiseaux chantent. Même si
je préfère rester prudente, m’étant déjà fait avoir quatre fois depuis mon
arrivée à croire les beaux jours arrivés, je crois quand même qu’on tient le
bon bout, et qu’on va enfin entrer dans la courte période agréable de l’année
kurde entre le froid de l’hiver montagnard et la fournaise de l’été
continental.
Mais revenons donc à nos moutons,
ou plutôt à notre encart folklorique sur Nawroz. Le vrai jour de Nawroz est le
21 mars, mais les deux jours qui encadrent sont fériés aussi. Je pense qu’on
pourrait sérieusement songer à rebaptister le 20 mars en Saint Caoutchouc. On a
vu ce jour-là plus d’une trentaine de feux de pneus sur le trajet Erbil-Dohuk.
Si j’avais pris des photos (mais ne parlons pas des choses qui fâchent –
toujours pas de nouvelles de la bête 3 jours après le lancement de l’alerte
enlèvement), je crois que j’aurais
pu vous faire croire que j’avais fait une escapade en Irak-qui-rigole-pas,
ambiance fumées noires qui montent depuis les villages vers le ciel bleu (sur
fond de prairies vertes et montagnes enneigées, s’il vous plaît !). Je ne
sais pas trop ce qui explique ce phénomène bizarre… ça ressemble bien à un
complot marketing de génie des fabricants de pneus : pour fêter le
printemps, on brûle les pneus neige !
Le 21, plus une fumée de sioux à
l’horizon. Et oui, parce que l’activité traditionnelle de Nawroz c’est le pique
nique en famille dans la montagne. L’équipe des Français de Dohuk (attention
ces jours-ci on est nombreux, ça rigole pas : ma collègue, sa fille arrivée
lundi pour un stage, et des invités venus d’Erbil pour Nawroz – je vais presque
une overdose de contact humain si ça continue…) a opté pour l’option escapade
au bord de l’eau : balade dans la campagne au bord du Tigre, à la
frontière entre l’Irak, la Syrie et la Turquie. Depuis Feshkhebur, on doit être
à 50m à vol d’oiseau du village syrien limitrophe. C’est toujours un peu
troublant de voir de si près un endroit si inaccessible, et ça fait toujours un
pincement de penser que ce sont 50m qui font toute la différence entre la vie
des gens d’un côté et de l’autre de ce fleuve… Nous avons donc fait nous aussi
notre pique-nique de Nawroz, à la bière et à la vache qui rit, sur une colline
surplombant le Tigre, face aux neiges des montagnes du Kurdistan turc.
Le 22, le programme de découverte
du folklore kurde a continué par une immersion culturelle : invitation à
des fiançailles traditionnelles ! Déguisée de force en habits kurdes
traditionnelle, me voilà donc partie à danser la dabké locale (et après ils
essaient de nous faire croire que c’est pas des rebeus…), à me gaver de
baklavas, et à faire la causette avec tous les vieux arabophones de la famille
(le jeune kurde est souvent bien moins disposé à parler la langue de Saddam,
qu’il maîtrise d’ailleurs souvent moins bien que son compatriote plus âgé).
Et pour achever ce week-end en
beauté, petite escapade vendredi sur les bords du lac de Mossoul (on est resté
du côté qui mange pas de pain, je précise…), puis visite à Al-Qosh, village
chrétien au Sud de Dohuk, d’un monastère troglodyte perché dans la montagne et
d’une ancienne synagogue renfermant le tombeau d’un prophète dont seuls mes
compères Bigot, Bel, et certains De Smidt auront entendu parler : Nahum,
celui qui prophétisa la chute de Ninive (ya’ni Mossoul). Et la cerise sur le
gâteau a été la rencontre durant cette visite d’un autochtone ayant clairement
des sympathies pour un pays de la région n’ayant pas beaucoup d’amis (oui, je
veux bien parler de la fameuse « seule démocratie du Moyen-Orient » -
or so they say) – comme quoi ce pays est vraiment plein de
surprises !
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