samedi 24 mars 2012

Nawroz, la St Caoutchouc, la St Pique-Nique, ou la fin de ma retraite autarcique


Déjà, les amis, sachez que j’ai développé ces derniers jours une vie sociale totalement effrénée. Partie à Erbil dimanche avec ma collègue pour des rendez-vous boulot, j’en ai profité pour faire le plein de mondanités (on a même eu droit à l’Ambass, attention les vélos !), sorties resto, visites touristiques (j’ai presque l’impression de dire un gros mot là… j’ai été à la citadelle d’Erbil quoi) et connaissances en tout genre. J’ai même eu l’occasion d’utiliser mon arme secrète pour socialiser (i.e. LE rire). Et après tout ça, de mardi à vendredi, c’était le pont de Nawroz, le nouvel an kurde (on en est à l’année 2700 et des brouettes, mais j’ai pas fait mes devoirs pour savoir ils comptent à partir de quel événement – clairement l’intérêt de ce blog ne réside pas dans son érudition historique, mais ça je pense que vous l’aviez déjà remarqué !), également appelé la fête du printemps. Honnêtement, après la dernière tempête de neige sur Dohuk samedi dernier, la perspective d’être en congés pour « fêter le printemps » me faisait doucement rigoler. Mais finalement, la météo a eu raison de mon sarcasme : depuis lundi, les thermomètres ont pris 20°, la neige a fondu, les fleurs sortent dans les prés, les oiseaux chantent. Même si je préfère rester prudente, m’étant déjà fait avoir quatre fois depuis mon arrivée à croire les beaux jours arrivés, je crois quand même qu’on tient le bon bout, et qu’on va enfin entrer dans la courte période agréable de l’année kurde entre le froid de l’hiver montagnard et la fournaise de l’été continental.

Mais revenons donc à nos moutons, ou plutôt à notre encart folklorique sur Nawroz. Le vrai jour de Nawroz est le 21 mars, mais les deux jours qui encadrent sont fériés aussi. Je pense qu’on pourrait sérieusement songer à rebaptister le 20 mars en Saint Caoutchouc. On a vu ce jour-là plus d’une trentaine de feux de pneus sur le trajet Erbil-Dohuk. Si j’avais pris des photos (mais ne parlons pas des choses qui fâchent – toujours pas de nouvelles de la bête 3 jours après le lancement de l’alerte enlèvement), je crois que  j’aurais pu vous faire croire que j’avais fait une escapade en Irak-qui-rigole-pas, ambiance fumées noires qui montent depuis les villages vers le ciel bleu (sur fond de prairies vertes et montagnes enneigées, s’il vous plaît !). Je ne sais pas trop ce qui explique ce phénomène bizarre… ça ressemble bien à un complot marketing de génie des fabricants de pneus : pour fêter le printemps, on brûle les pneus neige !

Le 21, plus une fumée de sioux à l’horizon. Et oui, parce que l’activité traditionnelle de Nawroz c’est le pique nique en famille dans la montagne. L’équipe des Français de Dohuk (attention ces jours-ci on est nombreux, ça rigole pas : ma collègue, sa fille arrivée lundi pour un stage, et des invités venus d’Erbil pour Nawroz – je vais presque une overdose de contact humain si ça continue…) a opté pour l’option escapade au bord de l’eau : balade dans la campagne au bord du Tigre, à la frontière entre l’Irak, la Syrie et la Turquie. Depuis Feshkhebur, on doit être à 50m à vol d’oiseau du village syrien limitrophe. C’est toujours un peu troublant de voir de si près un endroit si inaccessible, et ça fait toujours un pincement de penser que ce sont 50m qui font toute la différence entre la vie des gens d’un côté et de l’autre de ce fleuve… Nous avons donc fait nous aussi notre pique-nique de Nawroz, à la bière et à la vache qui rit, sur une colline surplombant le Tigre, face aux neiges des montagnes du Kurdistan turc.

Le 22, le programme de découverte du folklore kurde a continué par une immersion culturelle : invitation à des fiançailles traditionnelles ! Déguisée de force en habits kurdes traditionnelle, me voilà donc partie à danser la dabké locale (et après ils essaient de nous faire croire que c’est pas des rebeus…), à me gaver de baklavas, et à faire la causette avec tous les vieux arabophones de la famille (le jeune kurde est souvent bien moins disposé à parler la langue de Saddam, qu’il maîtrise d’ailleurs souvent moins bien que son compatriote plus âgé).

Et pour achever ce week-end en beauté, petite escapade vendredi sur les bords du lac de Mossoul (on est resté du côté qui mange pas de pain, je précise…), puis visite à Al-Qosh, village chrétien au Sud de Dohuk, d’un monastère troglodyte perché dans la montagne et d’une ancienne synagogue renfermant le tombeau d’un prophète dont seuls mes compères Bigot, Bel, et certains De Smidt auront entendu parler : Nahum, celui qui prophétisa la chute de Ninive (ya’ni Mossoul). Et la cerise sur le gâteau a été la rencontre durant cette visite d’un autochtone ayant clairement des sympathies pour un pays de la région n’ayant pas beaucoup d’amis (oui, je veux bien parler de la fameuse « seule démocratie du Moyen-Orient » - or so they say) – comme quoi ce pays est vraiment plein de surprises !


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