Avec l’arrivée du
printemps, ma phase d’hivernation et mon horizon quotidien, jusqu’ici limité à
un mouvement pendulaire chambre-bureau-chambre à l’intérieur des 50m2 du
bâtiment du bureau, va enfin pouvoir s’élargir et me permettre de m’ouvrir un
peu plus au monde extérieur. Après plusieurs semaines de recherche
d’appartement infructueuse, la perspective de me retrouver dans un taudis hors
de prix et non meublé a eu raison de mes velléités d’être en appartement.
Soyons réalistes: si je dois meubler mon appart, je vais me retrouver à faire
du camping pendant six mois, avec un matelas, une table et une chaise en
plastique, un mini frigo et un camping-gaz pour tout équipement – dans la
lignée d’une très chère amie palestino-syrienne, pour ne pas la citer !
Moi qui déteste les maisons, j’ai finalement cédé à la facilité, et vais
m’installer prochainement chez ma collègue puis reprendre sa maison à son
départ… Plus que quelques jours terrée dans mon antre surchauffé du bureau, et
je sortirai bientôt de ma bulle d’autarcie pour rejoindre la société humaine et
vivre à nouveau en communauté (tout en restant farouchement attachée à ma
solitude, je ne vais pas non plus arrêter d’être un ours du jour au lendemain,
faut pas exagérer !).
Je crois donc qu’il
est temps de rendre hommage au nid pas vraiment douillet dans lequel je me suis
cloîtrée durant les sept dernières semaines, bien au chaud assise au coin de la
clim réversible, dans ma chambre d’internat à la moquette marronnasse.
Commençons donc par
un petit plan des lieux (mais attention un « plan » verbal, pas un
plan dessiné, ce serait trop simple). En entrant dans le bâtiment, on arrive
dans une sorte de couloir très large qui fait toute la longueur du bâtiment et
se finit par une kitchenette, de chaque côté duquel sont réparties les quatre
pièces : sur la droite, le bureau que je partage avec ma collègue
française et la salle de réunion, sur la gauche, la bureau de mes collègues
kurdes en face de notre bureau, et ma chambre en face de la salle de réunion.
Les deux bureaux donnent sur la cour à l’avant du bâtiment, tandis que la salle
de réunion, la kitchenette et ma chambre donnent sur le mur d’enceinte, puis
sur le mur d’enceinte de l’université située en face (d’où la magnifique vue
depuis la fenêtre de ma chambre d’un mur qui donne sur un mur).
Chacune des quatre
pièces a sa propre salle de bain, ce qui est bien en théorie. En pratique, la
chasse des WC attenants à mon bureau manque de puissance et il faut donc une
fois sur deux prendre un seau d’eau pour finir le travail à la main (chouette,
un peu de travaux pratiques). Et surtout, il y a une ouverture au plafond entre
les salles de bains des deux pièces situées de chaque côté du couloir, et
évidemment il y a un jour de 3 cm sous chaque porte, de sorte que j’entends
distinctement mes collègues kurdes faire pipi dans leur salle de bain le samedi
matin quand je suis dans mon lit. Sympathique, surtout que comme la réciproque
est vraie, je ne peux me laver quand mes collègues sont au bureau, et ai donc
le choix, les samedis où je ne bosse pas, entre me lever à l’aube pour me laver
tranquillement ou rester cloîtrée à attendre leur départ (entre midi et deux
heures). Non pas que je sois spécialement pudique : il m’arrive bien de
descendre au Cadran en pyjama pour chercher du lait pour le petit-déjeuner, et
le bruit de la douche qui coule ne me semble pas particulièrement indécent.
Mais l’homme kurde est prude, sous ses airs de sauvageon, et vu la gêne de mon
collègue préféré le matin où il m’a surprise les cheveux mouillés (ya
haraaaam !), j’imagine l’effet d’un bruit de douche sur son imagination…
Pour finir, un mot
sur le coin cuisine, qui vaut son pesant de cacahuètes. Comme les architectes
locaux ont le sens pratique, il n’y a qu’une prise électrique dans la partie
cuisine. Prise à moitié arrachée du mur sur laquelle j’ai quand même branché la
cuisinière électrique durant les premières semaines, jusqu’à ce que le
grésillement devienne trop inquiétant et que je décide de déplacer la
cuisinière vers une prise plus sûre. Et là, en tentant de retirer l’adaptateur
de la prise, je m’aperçois qu’il a à moitié fondu, je force, la prise se
décroche complètement du mur. Plus de prise dans la cuisine : ça c’est
fait. Désormais, la cuisinière est donc dans le couloir d’entrée, à côté de la
porte de la salle de la réunion. Quand je veux l’utiliser, comme il n’y a pas
de prise dans le couloir, j’ouvre la salle de réunion, je débranche le frigo,
et je branche la cuisinière. Oui, oui, je fais ça depuis un mois (et l’idée ne
m’a jamais traversé l’esprit d’acheter une multiprise, j’assume...). Bref, je
crois qu’il est temps de quitter le bureau !
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