dimanche 4 novembre 2012

Bonus 3 - l'ultime fantasme

Après des mois et des mois de frustration, quelques jours avant le grand, j’ai réalisé grâce à Tonton-Pascal-le-remplaçant-que-je-continue-d’appeler-le-stagiaire-même-si-ça-lui-plaît-pas départ mon ultime fantasme dohukien. Non, je ne parle pas de sexe, même si j’aurais bien aimé remporter un match à domicile pour ajouter un exploit de plus à la longue liste de performances de jeunesse que j’aurais pu énumérer à mes petits-enfants (« Et oui, gamin, dans ma jeunesse j’ai réussi à choper à Dohuk city; tu ne te rends peut-être pas compte de la performance car maintenant le Moyen-Orient a maintenant des mœurs encore plus libérées que l’Europe, mais je t’assure, en 2012, j’aurais bien mérité une médaille ! » - bon ben finalement je devrai me contenter de broder autour de ma chope erbiloise, peut-être que je leur ferai croire que c’était de la viande locale pour revaloriser un peu la performance, c’est pas très beau de mentir aux enfants mais bon ils seront déjà traumatisés que leur grand-mère leur raconte ses histoires de cul donc finalement l’upgrade abusif n’est qu’un détail…). 

Non, je parle ici d’un autre fantasme, bien plus cher à mes yeux qu’une banale baise : aller boire un verre dans l’un des bars glauques du centre-ville. J’en rêvais depuis des mois, d’entrer dans un de ces bars du centre-ville aux vitres teintées pour faire semblant de préserver l’anonymat des clients, me poser au comptoir, commander une binouze et observer la faune. Mais la pression sociale s’intériorise bien, et je n’ai jamais osé « franchir le pas » toute seule, et ni jamais trouvé personne, même parmi mes visiteurs occidentaux, pour m’accompagner (comme quoi, la peur du qu’en-dira-t-on est vraiment contagieuse). Je m’étais donc fait une raison : je ne verrais jamais l’intérieur de ces petits bars glauques, et serais condamnée à en rester au stade du fantasme. Ah quelle frustration les amis ! Heureusement, tel Zorro, Tonton-Pascal-le-remplaçant-à-ne-pas-confondre-avec-le-vrai-Tonton-Pascal-l’épicier-fin-de-la-rue-du-Champs-de-Mars (et hop, un petit coup de pub au passage pour l’Epicerie Fine Rive Gauche, ni vu ni connu !) est arrivé, m’a innocemment demandé « tu veux faire quoi avant de quitter Dohuk ? », et a acquiescé sans broncher à ma proposition d’une virée au bar glauque du centre-ville (et hop, +5 points dans mon estime). 

Donc nous voilà, un dimanche soir, ouvrant les portes du Paradis, et atterrissant dans une sorte de PMU (pour la clientèle) jacky-tuné (pour la déco wannabe moderne et la sombritude exagérée), à peu près aussi glauque que dans mon imagination. Deux saoûlots accoudés (enfin, écroulés, quoi) au comptoir, deux ou trois tables occupées, évidemment pas l’ombre d’un quart de bout de femme, ce ne sont pas des lieux appropriés pour les dames ! On s’accoude, commande deux bières (en cannette, toujours classe dans un troquet), se fait reluquer en biais par tout le monde, et je savoure le moment. Evidemment, le fait que ce soit moi qui commande et qui paie finit de les scotcher.  Quand nous ressortons des lieux, 30mn plus tard (parce que ne l’oublions pas, les meilleures blagues sont les plus courtes, et passée la demie-heure de découverte amusée, un bar glauque kurde perd tout le charme de la nouveauté culturelle pour ne devenir qu’un banal bar glauque), je rentre me coucher avec la satisfaction du devoir accompli.

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