Après des mois et
des mois de frustration, quelques jours avant le grand, j’ai réalisé grâce à
Tonton-Pascal-le-remplaçant-que-je-continue-d’appeler-le-stagiaire-même-si-ça-lui-plaît-pas
départ mon ultime fantasme dohukien. Non, je ne parle pas de sexe, même si j’aurais
bien aimé remporter un match à domicile pour ajouter un exploit de plus à la
longue liste de performances de jeunesse que j’aurais pu énumérer à mes
petits-enfants (« Et oui, gamin, dans ma jeunesse j’ai réussi à choper à
Dohuk city; tu ne te rends peut-être pas compte de la performance car
maintenant le Moyen-Orient a maintenant des mœurs encore plus libérées que l’Europe,
mais je t’assure, en 2012, j’aurais bien mérité une médaille ! »
- bon ben finalement je devrai me contenter de broder autour de ma chope
erbiloise, peut-être que je leur ferai croire que c’était de la viande locale
pour revaloriser un peu la performance, c’est pas très beau de mentir aux
enfants mais bon ils seront déjà traumatisés que leur grand-mère leur raconte
ses histoires de cul donc finalement l’upgrade abusif n’est qu’un détail…).
Non, je parle ici d’un autre fantasme, bien plus cher à mes yeux qu’une banale
baise : aller boire un verre dans l’un des bars glauques du centre-ville. J’en
rêvais depuis des mois, d’entrer dans un de ces bars du centre-ville aux
vitres teintées pour faire semblant de préserver l’anonymat des clients, me
poser au comptoir, commander une binouze et observer la faune. Mais la pression
sociale s’intériorise bien, et je n’ai jamais osé « franchir le pas »
toute seule, et ni jamais trouvé personne, même parmi mes visiteurs
occidentaux, pour m’accompagner (comme quoi, la peur du qu’en-dira-t-on est
vraiment contagieuse). Je m’étais donc fait une raison : je ne verrais
jamais l’intérieur de ces petits bars glauques, et serais condamnée à en rester
au stade du fantasme. Ah quelle frustration les amis ! Heureusement, tel
Zorro, Tonton-Pascal-le-remplaçant-à-ne-pas-confondre-avec-le-vrai-Tonton-Pascal-l’épicier-fin-de-la-rue-du-Champs-de-Mars
(et hop, un petit coup de pub au passage pour l’Epicerie Fine Rive Gauche, ni
vu ni connu !) est arrivé, m’a innocemment demandé « tu veux faire
quoi avant de quitter Dohuk ? », et a acquiescé sans broncher à
ma proposition d’une virée au bar glauque du centre-ville (et hop, +5 points
dans mon estime).
Donc nous voilà, un
dimanche soir, ouvrant les portes du Paradis, et atterrissant dans une sorte de
PMU (pour la clientèle) jacky-tuné (pour la déco wannabe moderne et la sombritude
exagérée), à peu près aussi glauque que dans mon imagination. Deux saoûlots
accoudés (enfin, écroulés, quoi) au comptoir, deux ou trois tables occupées,
évidemment pas l’ombre d’un quart de bout de femme, ce ne sont pas des lieux
appropriés pour les dames ! On s’accoude, commande deux bières (en
cannette, toujours classe dans un troquet), se fait reluquer en biais par tout
le monde, et je savoure le moment. Evidemment, le fait que ce soit moi qui
commande et qui paie finit de les scotcher.
Quand nous ressortons des lieux, 30mn plus tard (parce que ne l’oublions
pas, les meilleures blagues sont les plus courtes, et passée la demie-heure de
découverte amusée, un bar glauque kurde perd tout le charme de la nouveauté
culturelle pour ne devenir qu’un banal bar glauque), je rentre me coucher avec
la satisfaction du devoir accompli.
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