mardi 30 octobre 2012

Bonus 2 - les taxis kurdes



Les taxis, c’est un peu comme les bistrots : on y voit de tout, tant pour les clients que pour les chauffeurs. Ne trainant (malheureusement) pas autant les bistrots que je le souhaiterais en Orient, je pense que j’ai certainement autant d’histoires de bistrots en Europe que d’histoires de taxi en Orient. Je n’ai certes pas beaucoup pris le taxi au Kurdistan, car pour la première fois de ma vie, j’avais une voiture quasiment en permanence, mais il faut bien reconnaitre que les taxis kurdes ont un potentiel blogable qui n’a rien à envier à leurs confrères palestiniens ou jordaniens, et je pense que j’ai du glaner à peu près une anecdote par trajet.  

Le trajet que j’ai le plus souvent du faire en taxi, c’est Dohuk Erbil. J’ai testé plusieurs taxis, mais c’était un peu un choix entre la peste et le choléra (encore lui !), c’est-à-dire entre le cousin kurde d’Ayrton Senna (en espérant qu’il ne finisse pas pareil, mais ça relèverait presque du miracle), qui conduit très bien mais très très vite (au Kurdistan, les voitures se mettent à sonner quand on dépasse les 120km/h – avec lui, la voiture sonne pendant 2h), et son collègue dont j’ai oublié le nom qui conduit certes moins vite mais également beaucoup plus mal. J’aime beaucoup Mohammed, qui est très gentil, même si nos conversations restent très limitées, vu qu’elles se font exclusivement en arabe. Mon dernier trajet avec lui, la semaine dernière, a été la cerise sur le gâteau : j’ai eu droit à son frère et sa belle-sœur, jeunes mariés, pour agrémenter le trajet. Comme les deux se sont rencontrés sur une base américaines sur laquelle ils travaillaient en Irak, je me suis d’abord dit « chouette, des anglophones, on va pouvoir discuter »… A posteriori, j’aurais certainement préféré ne pas pouvoir communiquer. Déjà, comme bon nombre de jeunes orientaux, ils parlaient anglais de séries télé américaines. Un accent à la gangsta des suburbs californiennes, des « amazing », « you know », et « I mean » pour agrémenter chaque demi-phrase et donner l’illusion (30 secondes) qu’ils sont bilingues, le temps de s’apercevoir à la 31ème seconde que leurs propos sont juste pleins de vide. Les deux tourtereaux n’ont donc pas cessé de s’insulter du trajet dans un anglais digne des meilleurs rappeurs américains, ponctué par-ci par-là de « habibi » pour donner une touche locale au tableau.

Dans le texte, ça donnait :

La femme :  don’t get married, before he was wonderful and now he is just a stupid bastard;

Le mari (en souriant, sur le ton le plus naturel du monde) : Shut the fuck up, you stupid bitch

La femme : Say it you was nice and now you’re a dictator! Please give me the phone honey. (à moi) I promise you, you should NEVER marry


Mes quelques trajets en taxi dans Dohuk m’ont également donné l’occasion de rencontrer quelques personnages sympathiques.

De nombreux chauffeurs, s’apercevant que j’étais étrangère, me mettaient leur unique CD en anglais juste pour me faire plaisir. J’ai ainsi eu droit à Enrique Iglesias, George Mickael, Justin Bieber, mais aussi un sombre boys band ayant depuis bien longtemps sombré dans l’anonymat et que mon taxi du moment a déterré de l’oubli juste pour le plaisir de me faire écouter un « I loved you but you broke my heart » chanté en cœur par trois métrosexuels californiens. Un bon paquet de ces taxis n’ont d’ailleurs pas voulu que je les paye, et n’ont même pas eu l’idée de me refourguer leur carte ou leur numéro de téléphone, en bons kurdes désintéressés.

Au-delà de la gentillesse et de la grande hospitalité de bon nombre de ces taxis, leur principale caractéristique reste quand même le bon goût décoratif. A Dohuk, la plupart des taxi ont jacky-tuné leur intérieur, mais « à la kurde » : moumoute genre poil synthétique sur la plage arrière, housses de sièges plastifiées (y en a un qui avait même des housses de sièges Hello Kitty plastifiées…!), et sorte de petit napperon brodé délicatement lacé autour des poignées situées au-dessus des fenêtres… Et dire qu’avant, je trouvais les arabes kitsch…

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