Les taxis, c’est un peu comme les bistrots : on y voit de tout, tant
pour les clients que pour les chauffeurs. Ne trainant (malheureusement) pas
autant les bistrots que je le souhaiterais en Orient, je pense que j’ai
certainement autant d’histoires de bistrots en Europe que d’histoires de taxi
en Orient. Je n’ai certes pas beaucoup pris le taxi au Kurdistan, car pour la
première fois de ma vie, j’avais une voiture quasiment en permanence, mais il
faut bien reconnaitre que les taxis kurdes ont un potentiel blogable qui n’a
rien à envier à leurs confrères palestiniens ou jordaniens, et je pense que
j’ai du glaner à peu près une anecdote par trajet.
Le trajet que j’ai le plus souvent du faire en taxi, c’est Dohuk Erbil.
J’ai testé plusieurs taxis, mais c’était un peu un choix entre la peste et le
choléra (encore lui !), c’est-à-dire entre le cousin kurde d’Ayrton Senna
(en espérant qu’il ne finisse pas pareil, mais ça relèverait presque du
miracle), qui conduit très bien mais très très vite (au Kurdistan, les voitures
se mettent à sonner quand on dépasse les 120km/h – avec lui, la voiture sonne
pendant 2h), et son collègue dont j’ai oublié le nom qui conduit certes moins
vite mais également beaucoup plus mal. J’aime beaucoup Mohammed, qui est très
gentil, même si nos conversations restent très limitées, vu qu’elles se font
exclusivement en arabe. Mon dernier trajet avec lui, la semaine dernière, a été
la cerise sur le gâteau : j’ai eu droit à son frère et sa
belle-sœur, jeunes mariés, pour agrémenter le trajet. Comme les deux se
sont rencontrés sur une base américaines sur laquelle ils travaillaient en
Irak, je me suis d’abord dit « chouette, des anglophones, on va pouvoir
discuter »… A posteriori, j’aurais certainement préféré ne pas pouvoir
communiquer. Déjà, comme bon nombre de jeunes orientaux, ils parlaient anglais
de séries télé américaines. Un accent à la gangsta des suburbs californiennes,
des « amazing », « you know », et « I mean » pour
agrémenter chaque demi-phrase et donner l’illusion (30 secondes) qu’ils sont
bilingues, le temps de s’apercevoir à la 31ème seconde que leurs
propos sont juste pleins de vide. Les deux tourtereaux n’ont donc pas cessé de
s’insulter du trajet dans un anglais digne des meilleurs rappeurs américains,
ponctué par-ci par-là de « habibi » pour donner une touche locale au
tableau.
Dans le texte, ça donnait :
La femme :
don’t get married, before he was wonderful and now he is just a stupid
bastard;
Le mari (en souriant, sur le ton le plus
naturel du monde) : Shut the fuck up, you stupid bitch
La femme : Say
it you was nice and now you’re a dictator! Please give me the phone honey. (à moi) I promise you, you
should NEVER marry
Mes quelques trajets en taxi dans Dohuk m’ont également donné l’occasion de
rencontrer quelques personnages sympathiques.
De nombreux chauffeurs, s’apercevant que j’étais étrangère, me mettaient
leur unique CD en anglais juste pour me faire plaisir. J’ai ainsi eu droit à
Enrique Iglesias, George Mickael, Justin Bieber, mais aussi un sombre boys band
ayant depuis bien longtemps sombré dans l’anonymat et que mon taxi du moment a
déterré de l’oubli juste pour le plaisir de me faire écouter un « I loved
you but you broke my heart » chanté en cœur par trois métrosexuels
californiens. Un bon paquet de ces taxis n’ont d’ailleurs pas voulu que je les
paye, et n’ont même pas eu l’idée de me refourguer leur carte ou leur numéro de
téléphone, en bons kurdes désintéressés.
Au-delà de la gentillesse et de la grande hospitalité de bon nombre de ces
taxis, leur principale caractéristique reste quand même le bon goût décoratif. A Dohuk, la
plupart des taxi ont jacky-tuné leur intérieur, mais « à la
kurde » : moumoute genre poil synthétique sur la plage arrière,
housses de sièges plastifiées (y en a un qui avait même des housses de sièges
Hello Kitty plastifiées…!), et sorte de petit napperon brodé délicatement lacé
autour des poignées situées au-dessus des fenêtres… Et dire qu’avant, je
trouvais les arabes kitsch…
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