vendredi 19 octobre 2012

La fin du voyage


Ça y est, c’est le bout du bout, la fin de l’aventure. J’ai remballé mes affaires en 30mn, rangé mon « kit déco», réduit à peau de chagrin au fur et à mesure de mes divers déménagements pour ne consister maintenant qu’en une unique photo de famille, et hop, 8 mois et demi en une petite vingt-cinquaine de kilos. Dernier petit déjeuner sur la terrasse, dernier coup de balai dans la chambre, dernier post de blog - et pourtant il me reste encore sous le coude de quoi vous écrire trois romans-, dernière descente de mes escaliers de géant. Et oui, car chez moi, enfin feu-mon-chez-moi plutôt, la première marche des escaliers est tellement haute qu’elle me sert de tabouret pour mettre mes chaussures le matin –ma vioquitude va jusqu’à m’asseoir pour mettre mes pompes, so what ?!! – et que j’ai investi dans une deuxième brosse à dents qui reste dans la salle de bains du bas, juste pour m’éviter l’effort surhumain de remonter à l’étage tous les matins après mon petit-déjeuner. Et bizarrement, alors que mes adieux avec Yousef ont été avortés car celui-ci a boudé mon déjeuner de départ pour cause de guerre larvée avec Pascalou-le-remplaçant pour une raison totalement puérile (Yousef, 65 ans, grande section de maternelle), que les témoignages d’affectation sincèrement hypocrites de mes collègues kurdes ne m’ont pas fait sourcillé, et que j’ai quitté sans regret ce bureau dans lequel j’ai pourtant passé mes 3 premiers mois en hibernation totale, toute mon émotivité s’est concentrée sur cette seconde brosse à dents. Je n’arrive pas à me résoudre à la remballer. Pour quoi faire, d’abord ? Le temps que je me trouve un amant assez régulier pour vouloir infiltrer sa salle de bain avec une deuxième brosse à dents, celle-ci sera déjà oubliée dans le fond d’un placard à balai, recouverte de poussière et probablement de touffes de cheveux égarées (moi j’ai pas besoin de cancer pour avoir un effet chimio!). Franchement, cette brosse mérite mieux que ça, et moi aussi. En la laissant derrière moi, et même si elle finira certainement à la poubelle à la prochaine session de ménage, j’ai l’illusion que je ne pars pas vraiment, et que, potentiellement, je repasserai dans le coin au printemps pour un week-end prolongé.

Quoi, vous direz-vous, cher lecteur, Elle nous a fait chier à se plaindre tout l’été, et maintenant elle nous fait le coup de la séquence émotion, et en plus sur sa brosse à dents ? Il lui manquerait pas une case, à cette Annie, par hasard ? … ce à quoi j’ai bien envie de répondre : comme si c’était une nouvelle ! Que voulez-vous, en refermant ce chapitre assez particulier des aventures d’Annie, je renonce à ma chère solitude des montagnes kurdes pour me précipiter, tête baissée, dans le tourbillon de la vie sociale libanaise (gros choc social anticipé !). Finie, la glace aux baklavas. Finis, les dimanches à la piscine. Finis, les week-ends décalés. Finis, les apéros virtuels (ben oui, je compte avoir des amis en chair et en os avec qui trinquer, les vendredis soirs, sans être obligée d’envoyer un texto à un type à 3000 km juste pour apaiser ma mauvaise conscience de dégoupiller une Tuborg en solitaire). 

Dohuk, jour 253, fin de l’étape introspective kurde. Demain Beyrouth, début de l’aventure libanaise!

1 commentaire: