Ça y est, c’est le bout du bout, la fin de l’aventure. J’ai
remballé mes affaires en 30mn, rangé mon « kit déco», réduit à peau de chagrin
au fur et à mesure de mes divers déménagements pour ne consister maintenant qu’en
une unique photo de famille, et hop, 8 mois et demi en une petite
vingt-cinquaine de kilos. Dernier petit déjeuner sur la terrasse, dernier coup
de balai dans la chambre, dernier post de blog - et pourtant il me reste encore
sous le coude de quoi vous écrire trois romans-, dernière descente de mes escaliers
de géant. Et oui, car chez moi, enfin feu-mon-chez-moi plutôt, la première
marche des escaliers est tellement haute qu’elle me sert de tabouret pour
mettre mes chaussures le matin –ma vioquitude va jusqu’à m’asseoir pour mettre
mes pompes, so what ?!! – et que j’ai investi dans une deuxième brosse à
dents qui reste dans la salle de bains du bas, juste pour m’éviter l’effort surhumain
de remonter à l’étage tous les matins après mon petit-déjeuner. Et bizarrement,
alors que mes adieux avec Yousef ont été avortés car celui-ci a boudé mon
déjeuner de départ pour cause de guerre larvée avec Pascalou-le-remplaçant pour
une raison totalement puérile (Yousef, 65 ans, grande section de maternelle),
que les témoignages d’affectation sincèrement hypocrites de mes collègues
kurdes ne m’ont pas fait sourcillé, et que j’ai quitté sans regret ce bureau
dans lequel j’ai pourtant passé mes 3 premiers mois en hibernation totale,
toute mon émotivité s’est concentrée sur cette seconde brosse à dents. Je n’arrive
pas à me résoudre à la remballer. Pour quoi faire, d’abord ? Le temps
que je me trouve un amant assez régulier pour vouloir infiltrer sa salle de
bain avec une deuxième brosse à dents, celle-ci sera déjà oubliée dans le fond
d’un placard à balai, recouverte de poussière et probablement de touffes de
cheveux égarées (moi j’ai pas besoin de cancer pour avoir un effet chimio!).
Franchement, cette brosse mérite mieux que ça, et moi aussi. En la laissant
derrière moi, et même si elle finira certainement à la poubelle à la prochaine
session de ménage, j’ai l’illusion que je ne pars pas vraiment, et que,
potentiellement, je repasserai dans le coin au printemps pour un week-end prolongé.
Quoi, vous direz-vous, cher lecteur, Elle nous a fait chier
à se plaindre tout l’été, et maintenant elle nous fait le coup de la séquence
émotion, et en plus sur sa brosse à dents ? Il lui manquerait pas une
case, à cette Annie, par hasard ? … ce à quoi j’ai bien envie de répondre :
comme si c’était une nouvelle ! Que voulez-vous, en refermant ce chapitre
assez particulier des aventures d’Annie, je renonce à ma chère solitude des
montagnes kurdes pour me précipiter, tête baissée, dans le tourbillon de la vie
sociale libanaise (gros choc social anticipé !). Finie, la glace aux
baklavas. Finis, les dimanches à la piscine. Finis, les week-ends décalés. Finis,
les apéros virtuels (ben oui, je compte avoir des amis en chair et en os avec
qui trinquer, les vendredis soirs, sans être obligée d’envoyer un texto à un
type à 3000 km juste pour apaiser ma mauvaise conscience de dégoupiller une
Tuborg en solitaire).
Dohuk, jour 253, fin de l’étape introspective kurde. Demain
Beyrouth, début de l’aventure libanaise!
Et début d'un nouveau blog depuis Beyrouth?
RépondreSupprimerSilteplé...