Après des mois d’isolement dohukien, me voici cette semaine en plein
choc social, avec trois hommes à la maison. Face à ce brutal retournement de
situation, l’effet crise de foie était probablement inévitable, un peu comme
quand on passe d’un régime pomme à une orgie culinaire (toute ressemblance avec
une histoire vraie est bien sûr totalement fortuite !). Et ce qui m’aurait
semblé le Nirvana en pleine déprime estivale me pèse aujourd’hui plus qu’une
visite à Odile Girardot (et pourtant…).
Mais de quoi se plaint-elle encore, me direz-vous ? Trois
visiteurs, et mâles, de surcroît, ça devrait être l’équivalent dohukien du paradis
sur terre ! Livreurs de saucissons, délivreurs de solitude, prodigueurs de
conseils matrimoniaux en tous genres et susciteurs de débats théologiques
incompréhensibles pour mon étroit esprit mécréant mais probablement passionnants,
cette triplette s’occupe de me nourrir et de meubler mes soirées pendant une
semaine !
Permettez-moi de répliquer : les serveurs parisiens n’ont pas le
monopole de la grinche ! Se plaindre, encore et toujours, ne jamais être
content de son sort, c’est ça, la French touch ! (même si, la French
touch, ne l’oublions pas, c’est également la pointe d’accent française irrésistible
qui fait que, comme à Pupuce, auprès des étrangers, à tous les coups on
gagne). Et moi, j’aime pas qu’on dérange mon quotidien, qu’on bouscule mes
petites habitudes. Un visiteur pendant une semaine, ok. Trois visiteurs pendant
un jour ou deux, pourquoi pas. Mais trois personnes H24 pendant une semaine,
vous voulez ma mort ou quoi ???
Cette semaine de la mort sonne également le glas de mon hibernation
kurde. A partir de maintenant, pas un jour tranquille seule à la maison, à
vaguement m’ennuyer en lisant Les lettres persanes : j’aurai « le
stagiaire » aux basques jusqu’à mon départ. (oui, c’est comme ça que j’appelle
mon remplaçant – j’ai bien le droit de le bizuter un peu quand même… il ne me
reste que ce petit plaisir… !). Ça y est, c’est officiel : le gros de
l’aventure kurde est terminé. Il ne me reste plus qu’à entamer ma tournée d’adieux,
et boucler mes bagages.
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