… et vacances, J-20. Un peu plus d’un tiers de mission
effectué, il est temps de faire un petit bilan d’étape de cette aventure kurde.
Côté intégration locale,
clairement je mérite pour le moment un zéro pointé. Je n’ai pas de véritable
ami kurde, quasiment aucune connaissance en dehors du boulot (il faut dire que,
les quelques connaissances que j’ai faites, je ne les ai pas rappelées de peur
de déranger – il ne fait pas bon être timide quand on est seul dans la
ville !), environ 20 mots de kurde à mon vocabulaire (je ne sais même pas
compter jusqu’à 10, j’oublie toujours c’est quoi le 8 alors je m’arrête à
7 !), sans parler des perspectives de chope locale, qui correspondent de
toute façon à mon état d’esprit après ces 100 jours d’anesthésie libidinale (je
suis en mode moche : pas de lentilles, ni de maquillage depuis 100
jours ; quant à l’épilation, j’ai dû arrêter à la mi mars). Depuis mon
arrivée ici, j’ai en revanche (petite pensée pour Cédric Prunier) fait pas mal
de progrès en arabe, qui s’est substitué à l’anglais comme « langue de
fainéant » : comme tout le monde ou quasiment parle l’arabe, ça
m’évite de faire l’effort d’apprendre le kurde pour communiquer (belle
mentalité !!!). Tout comme l’Autriche a été le pays où je me suis vraiment
mis à parler anglais, le Kurdistan restera dans mes annales personnelles comme
le lieu où je me suis mise à pratiquer l’arabe au quotidien (oui, après 3 ans
et demi passés dans le monde arabe – et alors ?!!).
Côté visiteurs extérieurs, je
tablais également sur zéro jusqu’à la fin de mon séjour (j’ai beau répéter à
JLG que le Kurdistan c’est un peu l’Autriche du Moyen-Orient : un pays de
montagnes et enclavé, il n’a toujours pas l’air enthousiaste à l’idée de venir
me rendre visite – c’est plus ce que c’était, les parents !), mais grâce à
Nabila, j’ai eu ce jeudi ma première visiteuse, plutôt inattendue : une
Israélienne d’origine kurde venue sur les traces de ses ancêtres à Dohuk. Moi
qui ai depuis mon arrivée adopté comme en Syrie une politique de profil bas sur
mon passé hiérosolomyte (dans mon autobiographie revue et corrigée, si je
« parle si bien arabe » c’est parce que j’ai habité deux ans à Amman,
où je travaillais pour l’Ambassade… oui, entre ça et la religion, je me suis
forgée une identité parallèle ici, je crois que je pourrais vraiment me faire
faire un deuxième passeport au nom d’Annie, tant qu’on y est !), me voilà
donc à me balader avec deux israéliens parlant hébreu dans les rues de Dohuk,
et à rencontrer leurs proches kurdes en leur racontant la version non censurée
de ma vie (au moins ça me fait rencontrer des gens !).
Point de vue tourisme, clairement
je ne suis pas encore prête à sortir un Guide du Routard spécial Kurdistan
d’Irak, avec mes quatre excursions en deux mois…
Clairement, je ne vais pas
amorcer un tournant radical et me créer une super vie sociale dohukienne en 15
jours. Mais je crois bien qu’il va falloir que je me botte un peu le cul pour
sortir de ma coquille à partir de mon retour de vacances. Je n’aurai plus ni les
cours d’arabe ni l’aménagement de la maison comme prétexte pour ne rien faire
de mes week-ends, il faudra bien que je me remue un peu pour me faire une vie,
apprendre un peu de kurde, rencontrer des gens. Pour ne pas finir cette mission
comme une expat débile qui n’a fait aucun effort pour s’intéresser un tant soit
peu au pays où elle était en mission, et qui déblatère en fin de mission les
mêmes clichés colonialistes sur la population locale qu’à son arrivée…
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