samedi 11 août 2012

Etonnant ramadan

Ce ramadan kurde est tout simplement étonnant. Comme mentionné précédemment, j’en suis cette année à mon 5ème ramadan « in situ » (j’aime bien cette expression alors je la mets mais j’avoue ne pas être tout à fait sûre de l’employer ici à bon escient – whatever, ce blog n’est pas en lice pour le Goncourt à ce que je sache, quelques fouquades* par-ci par-là n’ont jamais fait de mal à personne). Mais c’est bien la première fois que je me fais autant gaver. EN JOURNEE. Et oui, il semblerait que l’une des spécialités kurdes, l’hospitalité culinaire, atteigne son apogée durant ce mois de jeûne. J’avoue ne pas être certaine s’il s’agit là d’une particularité locale ou si cette habitude est répandue dans le monde musulman bien au-delà du Kurdistan, mais c’est en tout cas la première fois que ça m’arrive autant. Peut-être est-ce tout simplement parce que c’est la première fois que je me déplace autant chez les gens durant le ramadan ? Il est vrai que mes ramadans jordanien et surtout palestiniens étaient plutôt mornes, et que je les ai principalement passés terrée au bureau. Mais je me souviens clairement que, durant les rares visites institutionnelles ponctuant ces lents mois où « pour boire heureux, buvons cachés », mes interlocuteurs me prévenaient toujours d’un sourire quelque peu embarrassé que, pour cette fois, j’étais privée de thé, Ramadan oblige. Je me souviens que cela avait d’ailleurs suscité une moue indignée de la part d’un certain visiteur de marque français particulièrement réputé pour sa verve anti-religieuse, qui avait eu la lumineuse idée de venir en mission dans les Territoires palestiniens en plein ramadan, et se scandalisait que, durant ses rendez-vous avec les partenaires de travail palestiniens « on ne m’a même pas proposé un petit verre d’eau, vous vous rendez compte ??? »… poor habibi, va !


Et bien au Kurdistan, pendant le Ramadan, les gens redoublent d’attention et d’obligeance envers leurs visiteurs non jeûneurs. Durant mes sorties de terrain, mes collègues musulmans me proposent deux fois plus souvent que d’habitude de s’arrêter pour (m’)acheter de l’eau. Lors des visites de vergers (oups! encore un tout petit indice sur ce que je peux bien foutre de mes journées de travail), les agriculteurs me forcent à goûter leurs pommes, leurs pêches et leurs figues, et me regardent les manger goulument avec une satisfaction bienveillante. Si le verger est près de chez eux, ils vont la plupart du temps me chercher une ou deux bouteilles d’eau : une pour étancher ma soif du moment, et l’autre pour la route (parce que « c’est Ramadan », et que je risquerais d’avoir des difficultés à trouver de quoi m’abreuver sur le bord de la route, selon eux  - turns out, they are completely wrong, by the way). Il y a quelques jours, invitée à un iftar, on m’a quasiment collé de force une glace dans la bouche 30mn avant le coucher du soleil – apéritif original s’il en est. Et le clou : la semaine dernière, des gens voulaient même nous inviter, mon collègue chrétien et moi, à venir chez eux pour nous offrir le petit déjeuner ! Je m’imaginais bien me laisser faire à manger, à 10h du matin, par une dame qui devra, elle, encore attendre plus de 9h avant de passer à table !



* fouquade (jérusien) : mot ou expression légèrement modifié (par exemple expression faite du mélange de deux expressions existantes) ou employé dans un sens légèrement différent de celui ordinairement accepté, selon la charmante habitude langagière de la célèbre Valérie Fouques. Synonyme loutrine (colombin)

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