Ce ramadan kurde est tout simplement étonnant. Comme mentionné
précédemment, j’en suis cette année à mon 5ème ramadan « in
situ » (j’aime bien cette expression alors je la mets mais j’avoue ne pas
être tout à fait sûre de l’employer ici à bon escient – whatever, ce blog n’est
pas en lice pour le Goncourt à ce que je sache, quelques fouquades* par-ci
par-là n’ont jamais fait de mal à personne). Mais c’est bien la première fois
que je me fais autant gaver. EN JOURNEE. Et oui, il semblerait que l’une des
spécialités kurdes, l’hospitalité culinaire, atteigne son apogée durant ce mois
de jeûne. J’avoue ne pas être certaine s’il s’agit là d’une particularité locale
ou si cette habitude est répandue dans le monde musulman bien au-delà du Kurdistan,
mais c’est en tout cas la première fois que ça m’arrive autant. Peut-être
est-ce tout simplement parce que c’est la première fois que je me déplace
autant chez les gens durant le ramadan ? Il est vrai que mes ramadans
jordanien et surtout palestiniens étaient plutôt mornes, et que je les ai
principalement passés terrée au bureau. Mais je me souviens clairement que,
durant les rares visites institutionnelles ponctuant ces lents mois où « pour
boire heureux, buvons cachés », mes interlocuteurs me prévenaient toujours
d’un sourire quelque peu embarrassé que, pour cette fois, j’étais privée de
thé, Ramadan oblige. Je me souviens que cela avait d’ailleurs suscité une moue
indignée de la part d’un certain visiteur de marque français particulièrement
réputé pour sa verve anti-religieuse, qui avait eu la lumineuse idée de venir
en mission dans les Territoires palestiniens en plein ramadan, et se
scandalisait que, durant ses rendez-vous avec les partenaires de travail
palestiniens « on ne m’a même pas proposé un petit verre d’eau, vous vous
rendez compte ??? »… poor habibi, va !
Et bien au Kurdistan, pendant le Ramadan, les gens redoublent d’attention
et d’obligeance envers leurs visiteurs non jeûneurs. Durant mes sorties de
terrain, mes collègues musulmans me proposent deux fois plus souvent que d’habitude
de s’arrêter pour (m’)acheter de l’eau. Lors des visites de vergers (oups! encore
un tout petit indice sur ce que je peux bien foutre de mes journées de
travail), les agriculteurs me forcent à goûter leurs pommes, leurs pêches et
leurs figues, et me regardent les manger goulument avec une satisfaction
bienveillante. Si le verger est près de chez eux, ils vont la plupart du temps
me chercher une ou deux bouteilles d’eau : une pour étancher ma soif du
moment, et l’autre pour la route (parce que « c’est Ramadan », et que
je risquerais d’avoir des difficultés à trouver de quoi m’abreuver sur le bord
de la route, selon eux - turns out, they
are completely wrong, by the way). Il y a quelques jours, invitée à un
iftar, on m’a quasiment collé de force une glace dans la bouche 30mn avant le
coucher du soleil – apéritif original s’il en est. Et le clou : la semaine
dernière, des gens voulaient même nous inviter, mon collègue chrétien et moi, à
venir chez eux pour nous offrir le petit déjeuner ! Je m’imaginais bien me
laisser faire à manger, à 10h du matin, par une dame qui devra, elle, encore
attendre plus de 9h avant de passer à table !
* fouquade (jérusien) : mot ou
expression légèrement modifié (par exemple expression faite du mélange de deux
expressions existantes) ou employé dans un sens légèrement différent de celui
ordinairement accepté, selon la charmante habitude langagière de la célèbre
Valérie Fouques. Synonyme loutrine (colombin)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire