dimanche 5 août 2012

Blind date

J’ai eu, cette semaine, mon premier blind date. J’ai failli rajouter « dohukien », mais à vrai dire c’est inutile : c’était le premier de toute ma vie. Sauf que c’était un rencard un peu particulier : j’ai eu un blind date avec une famille kurde. J’avais rencontré il y a quelques semaines un kurde ch'ti en vacances au bled, et on avait échangé nos numéros de téléphone mais finalement l’occasion de se revoir ne s’est pas présentée avec son départ. Aucun flirt là-dessous, je vous rassure : il était en vacances en famille, avec sa femme et ses enfants, l’idée était justement de rencontrer éventuellement la dite-famille ; mais j’ai fait mon JL Girardot et n’ai pas décroché la seule fois où le type a tenté de m’appeler (oui je fais ça très souvent, à Dohuk comme partout ailleurs, il faut bien la ténacité d’une Lucienne d’Alençon pour réussir à me faire décrocher mon téléphone – c’est d’ailleurs pour ça que je ne m’étonne pas de ne toujours pas avoir de vie sociale au bout de quasiment 6 mois). Bref, le ch'ti est rentré chez les gens du Nord, mais il a filé mon numéro à son cousin, qui vient de s’installer à Dohuk avec femme et enfants après avoir vécu quasiment 20 ans dans le Pas-de-Calais. Et quand, au bout de deux longues semaines de Ramadan qui ont accentué ma solitude et mon ennui (je pensais pas que c’était possible – et ben si), j’ai reçu un coup de fil du dit-cousin pour m’inviter à manger chez lui, j’ai tout de suite accepté – mon jeûne social n’a que trop duré.

J’avoue que, en attendant qu’il passe me prendre en voiture pour m’emmener chez lui, et en repensant aux diverses nouvelles sanglantes venues d’Irak ces dernières semaines, et en particulier de Mossoul qui est doit être pour Dohuk ce que Talant est pour Châtillon, j’ai été saisie d’un léger doute : est-ce vraiment très prudent, habitant seule à Dohuk, de partir en voiture avec un inconnu sans prévenir personne, lui accordant ma confiance sous le seul prétexte qu’il est francophone et s’annonce comme le cousin d’un type qu’on a vu une fois 10mn ? Ne serait-ce pas comme ça qu’on se retrouve avec une célébrité dont on se serait passée, genre photo affichée sur la mairie de Châtillon au-dessus d’un compteur glauquissime ? (sympa la vue depuis la terrasse du Cadran, au moins je suis sûre qu’on penserait à moi à l’heure de l’apéro)
Mais finalement, j’ai choisi l’option Ondine Delavelle (je précise le nom pour la différencier de l’autre… et oui, je l’avoue, il y a deux Ondine dans ma vie…) : je me suis fiée à mon instinct et j’y suis allée les yeux fermés. Et j’ai passé une super soirée, avec une famille adorable (à part le dernier des gosses, un chieur – le petit dernier quoi) qui m’a accueillie à bras ouverts et m’a fait miroiter la possibilité d’un début de vie sociale locale.
Alors certes, cette rencontre est certainement à classer parmi ce que j’appelle les « amitiés de circonstances », ces amitiés qui tiennent plus au lieu ou au moment qu’aux affinités, et je ne suis pas certaine que, dans un autre contexte que Dohuk, j’aurais forcément été super enthousiaste à l’idée de passer une soirée chez un couple inconnu et leurs quatre rejetons. Mais après tout, au départ, qu’est-ce que j’avais en commun avec Christophe Tröndle à part le Cadran ? (certainement pas la moto !) Qu’est-ce que j’avais en commun avec Pauline Vicard à part l’internat ? Qu’est-ce que j’avais en commun avec Claire San Filippo à part Saint-Leu-la-Forêt ? Qu’est-ce que j’avais en commun avec Pierre-Marie Bel à part le boulot ? Et puis il y a eu les loutrines, « A mort les communistes », « Frédéric Rimoux » (avec le geste, les bras ouverts, paumes tournées vers le ciel, et le ton dramatique, bien sûr), « Puisque c’est ça, je rentre à Jérusalem » - et bien d’autres choses encore.

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