J’étais en train
d’écrire un mail boulot tout à l’heure à propos de mon activité anti-déprime
favorite, i.e. le suivi budgétaire (et oui, pour une raison inconnue, faire
joujou avec des tableaux excels, vérifier des chiffres et modifier des
formules, c’est LE truc qui apaise mes crises de stress et qui m’aide à
surmonter mes coups de mou – comme quoi chacun son truc…), quand j’ai tout à
coup été, une nouvelle fois, frappée de stupeur et totalement saisie par la
poésie des acronymes.
Je dis bien « une
nouvelle fois », car cette autre bizarrerie mathildienne a déjà été
auto-diagnostiquée de longue date. Le vendredi 3 septembre 2004, pour être
précise, lors de la réunion de debriefing de Rob Boone, quittant son poste de
chef de mission à Pretoria pour venir rejoindre le siège de UNODC. C’était mon
troisième jour de stage, mon anglais était encore peu assuré, j’avais juste
bouffé des documents pendant les deux premiers jours pour me familiariser avec
les dossiers et les méthodes de travail, et tout à coup, je me retrouve à
assister à cette réunion, face à un demi-dieu américain à la voix grave et
sensuelle (et de l’âge de ma mère, certes, mais bon, QUEL HOMME !), et à laisser
mon esprit divaguer rêveusement au fil des acronymes encore anonymes qu’il égraine
au fil de son récit. Sûr que c’est toujours plus facile de rêvasser face à l’alter
ego onusien de Barack Obama qu’en écoutant le mythique discours à la communauté
française de Nicolas Sarkozy au King David (« Carla le sait, je l’aime, Simone ! »…
Veil, c’est de Simone Veil qu’il parlait comme ça, oui oui…). Avec une voix
comme celle de Rob Boone, SPF, SADC, forcément ça ouvre des horizons bien plus
larges qu’un stupide document stratégique de 10 pages (le SPF) ou qu’une banale
communauté économique d’Afrique Australe (SADC).
Depuis ce
jour-là, il m’arrive fréquemment, au beau milieu d’une réunion, ou d’un mail un
peu technique truffé d’acronymes, de mettre mon esprit sur pause, de prendre un
peu de distance avec le contenu (parce que, bien entendu, quand on est à fond
dans son trip on ne se rend même pas compte de l’absurdité d’une phrase
composée de 4 acronymes pour 3 mots normaux…), et de prendre le temps de « contempler »
la beauté de ce langage codé qui devient tellement naturel dans le monde du
travail, de nos jours.
Aujourd’hui, c’est
la phrase suivante qui a déclenché mon 1/4h de divagation acronymo-poétique :
« j’ai donc inséré une ligne « perte de change » dans l’onglet
FR de l’OdS AAA », suivie quasiment immédiatement de celle-ci « je
mets en pj le GL AAD au 31.12.2011 et le GL AAD au 30.06.2012 pour que tu
visualises bien ce que j’essaie d’expliquer ». A la réflexion, la seconde
phrase est peut-être encore mieux que la première, surtout avec sa conclusion « pour
que tu visualises bien ce que j’essaie d’expliquer » (ce qui sous entend
que le charabia incompréhensible qui précède est censé être un élément d’explication…
ça pourrait être une réplique d’un film genre Un Indien dans la ville, je pense…).
Mais que voulez-vous, c’est l’arbitraire du coup de foudre, c’est l’autre, « l’onglet
FR de l’OdS AAA » qui m’a touché en premier, et a provoqué un bug dans
la matrice.
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