Au terme d’un
mois de pénitence ramadanesque dohukienne (c'est-à-dire, en décrypté, un mois à
me faire chier), j’attendais ces vacances stambouliotes comme le Saint Graal. Au
programme : une semaine en mode fille (jupe et maquillage, quand je sors du Kurdistan je redeviens sexuée, alors qu'ici je fais tout pour gommer la moindre trace de féminité pour qu'on ne vienne pas me la rebalancer dans les dents, qui en ont déjà vu d'autres...), bains de foule et retour à la vie
sociale (mélange nancéio-châtillonno-jérusien plutôt réussi!). J’avoue que j’ai
cette fois un peu boudé les quartiers orientaux : j’étais à Istanbul pour
me changer les idées, et les bars de Beyoglu sont finalement pour moi plus
exotiques que les mosquées de Sultanahmet, ces temps-ci…
Troisièmes
vacances à Istanbul donc, depuis 2008, et cette ville reste toujours pour moi
la plus belle du monde (devant Vienne et Châtel-Fontaines, oui ! – mais
elles c’est pas pareil, c’est « la maison »). Le pourquoi de cet
amour inconditionnel et incommensurable pour Istanbul n’est pas très
clair. Moi qui crie haut et fort mon désamour des grandes villes, qui trouve
Paris trop grand et Beyrouth bien trop peuplée, comment se fait-il que j’adore
à ce point une ville de près de 15 millions d’habitants, fourmillant
perpétuellement ? Et en plus j’aime pas la mer (à prononcer avec un ton
grincheux à la Baptiste Allard ou Jean-Paul Ghoneim, s’il vous plaît !),
alors le Bosphore qui coupe la ville en deux, ça me fait une belle jambe (c'est vrai qu'elles sont pas mal, mes jambes...). Mais
cette ville a autre chose. Pour moi, elle est magique, c’est un peu la somme de
tout ce que j’aime – le meilleur des deux mondes. Non pas que la ville soit
parfaite, mais en bonne amoureuse transie, je trouve une excuse à tous ses
défauts (les odeurs de poisson pourri, les attrape-touristes à la con, le
million et demi de personnes qui emplit la rue Istiklal à n’importe quelle
heure du jour et de la nuit…), que je finis par trouver mignons.
D’un point de vue
thermique par contre, j’ai eu un peu l’impression de sortir d’un four pour
rentrer dans un hamam : moins chaud d’une bonne douzaine de degrés certes,
mais plus humide. Et j’ai eu la douce et folle joie de devoir quelques fois
mettre un foulard sur mes épaules pour sortir le soir, ce qui ne m’était pas
arrivé à Dohuk depuis… je dirais bien un siècle, mais la réponse correcte doit
plutôt être mi-mai. En tout cas, heureusement pour moi que j’avais renoncé à
rentrer en France pour l’Aïd, ça aurait été balot d’être à Châtillon juste au
moment de la canicule...
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