Parmi les gamins du quartier, qui sont dans l’ensemble plutôt
acceptables (surtout quand on compare à la favela), il y a un petit débile d’une
douzaine d’années (ou peut-être moins, je suis pas très douée en estimation d’âges
d’enfants, pas encore un ado mais presque, je dirais en tout cas), qui me pompe
particulièrement l’air à toujours vouloir me lécher le cul.
Je l’appelle dans ma tête le petit débile, alors qu’en fait je n’en suis
pas certaine. Ce qui est avéré, c’est qu’il est sourd muet, et qu’il est d’une
extrême dévotion qui me sort par les trous de nez. A chaque fois que j’approche
de la baraque en voiture, je croise les doigts en pensée en espérant ne pas
voir surgir sa trombine en tournant dans ma rue, pour qu’il se précipite avec
son air complètement crétin pour me submerger de sa sollicitude vomitive, en :
1/ voulant absolument me faire des signes incompréhensibles pour m’aider
à faire mon créneau (merci débilos, mais je m’en tire très bien sans toi) ;
2/ ouvrant, sans me demander mon avis ni prêter attention à mes tentatives
de l’en empêcher, toutes les portières de la caisse et s’emparant du moindre
objet techniquement emparable (=dont on peut s’emparer, ben oui, pourquoi pas ?!!),
le portant jusqu’à la porte de la cour, le posant, et d’un mouvement qui est
déjà presque devenu traditionnel grimpe par-dessus la dite porte pour m’ouvrir
le loquet (alors qu’évidemment, j’ai la clef à la main, et pour lui signifier
qu’il me saoule, je tente toujours d’ouvrir la dite porte pendant qu’il est
dessus à califourchon pour qu’il percute que je ne suis pas fan de son
attitude) ;
3/reprenant enfin tout ce qu’il avait déposé (des fois en me l’arrachant
quasiment des mains), et ne me lâchant pas les basques tant qu’il n’est pas
rentré avec moi dans mon salon pour y déposer le tout.
En général, une fois parvenu à ses fins, c’est-à-dire à s’introduire perfidement dans mon chez moi pour y déposer mes sacs de course/ordi/packs d’eau ou toute autre prise du jour, il plie ses gaules et déguerpit sans demander son reste (c’est déjà ça !).
C’est surtout les points 2 et 3 qui me font penser qu’il lui manque une
case, parce que sinon, depuis le temps que je m’évertue à lui faire ouvertement
la gueule et que je fais tout pour échapper à ses assauts d’écrasante
serviabilité, il aurait quand même du finir par comprendre, non ? Et pis,
je suis pas une experte ès-déficients mentaux (même si on en voit passer pas
mal au Cadran – j’adore celui qui fait la poule d’ailleurs, il est chiant au
possible mais le voir marcher en levant ses pattes comme une poule, et l’observer
bouger sa tête en rythme d’avant en arrière quand il est accoudé au comptoir
sont mes petits plaisirs de bistrot), mais j’ai quand même l’impression que l’une
des caractéristiques est souvent un mépris total des « conventions
collectives » (je plagie Momo de La vie devant soi, là, je suis en plein
dans le bouquin ces jours-ci).
Par exemple Fadi, le fils trisomique de mon cher collègue Yousef, se
gratte bien souvent les roupignolles en me regardant d’un air tout à fait
naturel et détaché … mais lui, contrairement au petit débile du coin de la rue,
je l’aime bien, donc il peut continuer tranquillement de se gratter les
coucougnettes ou de venir me caresser la main (pas les deux à la suite, si
possible, par contre !) pendant qu’on est en train d’avoir une
conversation boulot avec son père, ça ne me dérange pas.
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