lundi 27 août 2012

Le petit débile du coin de la rue

Parmi les gamins du quartier, qui sont dans l’ensemble plutôt acceptables (surtout quand on compare à la favela), il y a un petit débile d’une douzaine d’années (ou peut-être moins, je suis pas très douée en estimation d’âges d’enfants, pas encore un ado mais presque, je dirais en tout cas), qui me pompe particulièrement l’air à toujours vouloir me lécher le cul.

Je l’appelle dans ma tête le petit débile, alors qu’en fait je n’en suis pas certaine. Ce qui est avéré, c’est qu’il est sourd muet, et qu’il est d’une extrême dévotion qui me sort par les trous de nez. A chaque fois que j’approche de la baraque en voiture, je croise les doigts en pensée en espérant ne pas voir surgir sa trombine en tournant dans ma rue, pour qu’il se précipite avec son air complètement crétin pour me submerger de sa sollicitude vomitive, en :
 
1/ voulant absolument me faire des signes incompréhensibles pour m’aider à faire mon créneau (merci débilos, mais je m’en tire très bien sans toi) ;
 
2/ ouvrant, sans me demander mon avis ni prêter attention à mes tentatives de l’en empêcher, toutes les portières de la caisse et s’emparant du moindre objet techniquement emparable (=dont on peut s’emparer, ben oui, pourquoi pas ?!!), le portant jusqu’à la porte de la cour, le posant, et d’un mouvement qui est déjà presque devenu traditionnel grimpe par-dessus la dite porte pour m’ouvrir le loquet (alors qu’évidemment, j’ai la clef à la main, et pour lui signifier qu’il me saoule, je tente toujours d’ouvrir la dite porte pendant qu’il est dessus à califourchon pour qu’il percute que je ne suis pas fan de son attitude) ;
 
3/reprenant enfin tout ce qu’il avait déposé (des fois en me l’arrachant quasiment des mains), et ne me lâchant pas les basques tant qu’il n’est pas rentré avec moi dans mon salon pour y déposer le tout.
 
En général, une fois parvenu à ses fins, c’est-à-dire à s’introduire perfidement dans mon chez moi pour y déposer mes sacs de course/ordi/packs d’eau ou toute autre prise du jour, il plie ses gaules et déguerpit sans demander son reste (c’est déjà ça !).
 
C’est surtout les points 2 et 3 qui me font penser qu’il lui manque une case, parce que sinon, depuis le temps que je m’évertue à lui faire ouvertement la gueule et que je fais tout pour échapper à ses assauts d’écrasante serviabilité, il aurait quand même du finir par comprendre, non ? Et pis, je suis pas une experte ès-déficients mentaux (même si on en voit passer pas mal au Cadran – j’adore celui qui fait la poule d’ailleurs, il est chiant au possible mais le voir marcher en levant ses pattes comme une poule, et l’observer bouger sa tête en rythme d’avant en arrière quand il est accoudé au comptoir sont mes petits plaisirs de bistrot), mais j’ai quand même l’impression que l’une des caractéristiques est souvent un mépris total des « conventions collectives » (je plagie Momo de La vie devant soi, là, je suis en plein dans le bouquin ces jours-ci).
 
Par exemple Fadi, le fils trisomique de mon cher collègue Yousef, se gratte bien souvent les roupignolles en me regardant d’un air tout à fait naturel et détaché … mais lui, contrairement au petit débile du coin de la rue, je l’aime bien, donc il peut continuer tranquillement de se gratter les coucougnettes ou de venir me caresser la main (pas les deux à la suite, si possible, par contre !) pendant qu’on est en train d’avoir une conversation boulot avec son père, ça ne me dérange pas.

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