Réveil
difficile, ce matin. Mon réveil avait beau sonner de 10 mn en 10mn depuis 6h30,
y a pas à chier, quand ça veut pas, ça veut pas, et ce matin, vraiment ça
voulait pas. A 8h05, je me suis enfin dit qu’il fallait me secouer, vu qu’à
cette heure-là je suis habituellement déjà au bureau, et que j’avais 50 000
trucs à faire. Puis j’ai passé toute ma matinée à misérer avec un mal de crâne
du tonnerre et la soif chronique du lendemain de cuite. Une de ces journées qui
en rappellent tant d’autres : les balayages de terrasses un peu difficiles
de l’été 2002, mythique été du bac, des 18 ans, et (surtout) de l’ouverture du Canyon
(petite pensée émue, au passage, pour le petit-déjeuner de mes 18ans, maman,
Eric et moi à la Brass’ pour boire un chocolat en rentrant du Canyon, avant de
gentiment filer se coucher) ; le coup de la soirée STAPS où ayant
raté le réveil, j’avais confondu démaquillant et dissolvant ; quelques RTT
express de Jérusalem et un après-midi à saisir le Crayon Palestinien pour
Séverine Laville, seule activité soutenable pour mon cerveau au radar…
Bref, une gueule de bois comme une autre… Sauf que
là, ni bière, ni cointreau flambé incriminés, mais plumes et poulettes. Et oui :
la nuit dernière, j’ai fait un road trip de nuit dans les montagnes kurdes pour
distribuer des poules. Comme dirait CSF : ma biographie vient de s’allonger
d’une ligne, je ne suis plus seulement la fille du « I was raised in a bar »
(chacun ses pick-up lines…). C’est vrai que, en rentrant à la maison, à 2h41,
après avoir passé 7 heures sur les routes pour distribuer 500 poules dans neuf
bleds paumés dans le trou du Ku(rdistan), je me suis dit qu’une histoire comme
ça ne pouvait pas passer aux oubliettes de la vie, et qu’il fallait quand même
que je songe à l’éventualité de me faire violence pour avoir une descendance,
juste pour le plaisir, dans une cinquantaine d’année, de pouvoir radoter lors
des repas de famille à mes petits enfants médusés l’histoire du jour où j’ai
distribué des poules de nuit au Kurdistan d’Irak, en 2012, dans la lignée du
Gabriel Mièvre des grands jours, avec son foot à Faverges.
Hier donc, en vadrouille la moitié de la nuit avec
mes collègues préférés, j’ai eu le bonheur de frissonner un peu à l’air
nocturne des montagnes kurdes, et de mettre un pull pour la première fois
depuis… avril ?
Je pense que vous avez tous compris que, tout au
long de cette aventure dohukienne qui touche maintenant presque à sa fin, il y
a de nombreuses fois où je me suis demandé ce que je foutais là, et quelle idée
de con j’avais eu de quitter amis et famille, apéros et fromages, délaissant ma
carte 12-30 et faisant fi de la myriade de possibilités de réduction que m’offrait
ma carte de demandeuse d’emploi pour aller m’enterrer dans un bled où je ne
connais personne. Le plus dur dans ce genre de moment, c’est qu’on ne peut s’empêcher
de se demander où s’arrête le coup de mou légitime, et où commence la déprime
chronique, début d’une pente glissante pouvant mener, à terme, à une
Odile-Girardotisation irréversible (ouïe !). Et quand on est seul à Dohuk
, c’est pas toujours facile d’avoir assez de distance avec soi-même pour s’auto-secouer
quand on s’apitoie un peu trop sur son sort.
Heureusement, au beau milieu de
ces grands questionnements existentiels, il y a, par-ci, par-là, une visite des abattoirs de
Dohuk, un pique-nique face au Tigre, une distribution de poules de nuit, des petits moments un peu
surréels où l’on se dit que si, en fait, ça valait le coup de venir s’enterrer
ici, rien que pour alimenter un peu la fabrique à souvenirs !
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