jeudi 13 septembre 2012

Ma vie sous-active

A l’approche de la fin de mon séjour dohukien (mais quand ??? Seigneur, aide moi - enfin en l’occurrence c’est plutôt Delphine, ma boss, que Celui-dont-on-parle-beaucoup-mais-qu’on-n’entend-jamais qui pourrait m’aider sur le sujet – donne  moi une date de départ, pour que je puisse entamer l’un de mes passe-temps préférés : le décompte de mes derniers jours kurdes ! ), le temps est venu des post « bilan » de ces pour l’instant sept, et bientôt huit mois d’isolement social.
 
La plupart des gens considerent ma performance dohukienne comme une sorte d’exploit, et souvent, les gens me demandent, d’un air intrigué, ce que je fais ici, en dehors du boulot. En général, ma réponse provoque une réaction instantanée de pitié : mon temps libre (qui est réduit, il est vrai), je le passe à bouquiner, aller à la piscine (une fois 2h par semaine), bloguer (à peu près autant), skyper. Autrement dit : rien ou presque. Cette réaction me gêne un peu, car tout le monde présume que je m’ennuie, alors qu’en fait, la plupart du temps, pas du tout (mise à part la période estivale qui a été particulièrement déprimante, il faut bien l’avouer !). En fait j’ai réalisé ces derniers mois que, a contrario des hyperactifs qui font toujours 50 000 choses en même temps, j’ai plutôt tendance dans ma vie privée à la sous-activité. En gros, je suis une méga glandeuse.
Ceci n’est certainement pas une nouvelle pour les gens qui me connaissent bien. Autant dans le travail, je déteste les temps morts, et j’ai tendance à être surorganisée, autant hors boulot, c’est le bordel intégral. C’est d’ailleurs pour ça que j’aime bien partir en vacances avec des potes au taquet, qui font le programme pour moi, comme ça je me laisse porter par le vent (sauf les moments où je me fais la belle, parce que quand c’est trop organisé, ça me saoule).
Dans la même lignée, je déteste avoir un programme social trop chargé : quand je bosse, jamais ou presque de sorties en semaine, ça perturbe mon rythme de vie, ça me fatigue. C’est pas pour rien que je n’aime pas Paris : trop de choses à faire dans cette ville, ça m’épuise rien que d’y penser ! A Dohuk, loin des perturbations et des contraintes d’une vie sociale normale, j’ai pu adopter mon rythme de mamie optimal : au lit à 21h, extinction des feux vers 22h30, même si je m’endors rarement avant minuit. Mais je ne m’ennuie pas pendant ce temps là : je glande dans mon lit, je pense, je médite. C’est comme ça que je me suis rendue compte hier que ma mère (mais ça je le savais déjà) ET ma grand-mère (là j’avoue ça m’a fait un coup) ont perdu leur virginité plus jeunes que moi… (par contre je pense quand même battre mamie sur le nombre de partenaires, même si contrairement à elle j’ai pas encore réussi à scorer un rouquin).
Papi Didier, qui comme vous l’avez compris s’inquiète décidément beaucoup de mon avenir matrimonial, m’a donné lors de sa dernière visite un ultimatum de deux ans (22 mois plus précisément : avant mes 30 ans) pour trouver « l’homme de ma vie » et « fonder un foyer » (il est con, je l’ai déjà trouvé, l’homme de ma vie : il est vieux, il est grognon, il a la même passion que moi pour ne rien foutre de ses journées, il aime les voyages, la lecture, les musées, et n’aime pas quand les choses sont trop bien préparées, il aime bien manger et bien boire, il aime bien être avec ses copains mais pas tout le temps, bref, c’est moi en homme, et c’est mon père). Selon Papi Didier, après 30 ans, je serai trop repliée sur mes petites habitudes, et je ne serai plus capable de faire les efforts nécessaires pour aller vers l’autre et vivre en couple… J’avoue qu’en écrivant ce post je me suis d’abord dit qu’il a du se tromper sur ma date de péremption, et que clairement ma sous activité chronique est un signe extérieur de vieille-fillement prématuré. Mais à la réflexion, si c’est le cas, j’ai du naître vieille fille, vu que j’étais déjà comme ça au lycée. J’aime sortir, aller au bistrot, au resto, au ciné, au musée, voir des copains, of course. Je suis pas quelqu’un d’asocial, loin de là – enfin pas tout le temps en tout cas. Mais j’adore aussi passer du temps avec moi-même, et tant mieux après tout : c’est que j’apprécie ma propre compagnie, je n’ai pas besoin des autres pour ne pas m’ennuyer ! C’est pour ça que, pour me sentir bien, ma semaine doit contenir de larges plages horaires pleines de vide, pour glander avec moi-même. Il est vrai qu’à Dohuk, j’ai fait le plein de tranquillité pour quelques années…

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