J-4 avant le débarquement du remplaçant, je vis donc ces jours-ci mon dernier week-end en solitaire à Dohuk, constitué
cette semaine de seulement deux après-midis histoire de décrocher un peu des
problèmes de boulot et de ne pas finir ce marathon professionnel dans un bain
de sang (j’ai résisté à la tentation du SCAC-Tech, je devrais réussir à me
retenir d’un IECD-Tech – enfin, j’espère). Mes petites habitudes de mamie vont
cesser les unes après les autres, au fur et à mesure de la mise en œuvre calendrier de désengagement des troupes :
demain mon dernier dimanche à la piscine, la semaine prochaine ma dernière clôture
comptable, ensuite viendront la dernière réunion d’équipe, le dernier vendredi
à faire chier mon collègue, la dernière sortie de terrain, et ainsi de suite jusqu’au
dernier trajet pour Erbil, dans quelques semaines (en espérant éviter de devoir
prendre le taxi, pour maximiser mes chances de survie).
Petite parenthèse qui finira certainement de confirmer à une bonne partie
des lecteurs mon glissement en pente douce vers la folie: je crois bien
que je vais être obligée de revenir en vacances au Kurdistan. Et oui, je
pensais innocemment, à mon arrivée en février, pouvoir utiliser mes week-ends
pour vadrouiller et découvrir le pays. Qu’elle est mignonne cette Annie avec
ses envies de week-end ! Finalement, quasiment toujours coincée à Dohuk
par ma seule journée off où, lessivée d’une nouvelle semaine à essayer de faire
mon trou parmi ma chère équipe de macho, j’avais tendance à comato-buller, je
me suis dit que je prendrais quelques semaines à la fin de ma mission pour road
triper ici et au Kurdistan turc. Quelle incorrigible naïveté ! Les
contraintes de calendrier me poussent finalement à enfiler ma combinaison en
latex de Super-Annie (ben ouais, pourquoi pas ?) et à enchaîner avec ma
prochaine mission beyrouthine sans même une petite pause de décompression
française, alors mes envies de road trip kurde, autant vous dire que j’ai plus
qu’à les ranger bien au chaud dans un coin de ma tête pour les ressortir dans 6
mois ou 1 an, quand j’aurai accumulé assez de vacances pour me payer une
petite semaine de pèlerinage kurde.
J’avoue placer de grands espoirs dans cette prochaine étape libanaise. D’abord
un retour à une certaine normalité : fin de l’échappée en solitaire, et
retour à la société. Et puis, qui sait, Beyrouth sera peut-être mon Sarajevo. Merde, après tout, y a pas de
raison que ça n’arrive qu’aux autres ! Après une telle traversée du
désert, je l’aurai méritée, ma part du gâteau !
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