samedi 28 juillet 2012

Annie apprend le kurde

Ça y est, depuis que j’ai renoncé à ma licence d’arabe, j’ai enfin ouvert mes oreilles et mes yeux pour me mettre au kurde… et au sourète, tant qu’on y est – la langue des chrétiens d’Irak, aussi appelée « chrétien » par les gens localement. J’avoue ça m’a un peu choqué la première fois qu’on m’a demandé « btahki massihi ? do you speak Christian ? »… Christian… because this is a language now ??? Et vous, vous parlez juif ou musulman ? En fait c’est une forme moderne d’araméen, de la même famille que l’arabe et l’hébreu donc, contrairement au kurde qui est une langue indo-européenne.

Mon collègue préféré, Hamdi les bons tuyaux, m’expliquait à propos du kurde que c’était très proche du français parce que « deux » se dit « dou »… enfin, pour le moment, à part ça et « sar » pour dire « sur » en français, je n’ai pas trop trouvé de points communs, mais je ne voudrais surtout pas le contredire, monsieur a sa fierté...
Pour l’instant je fais ma débile et j’apprends vraiment au compte goutte, en déchiffrant les panneaux directionnels pour apprendre les rares lettres supplémentaires par rapport à l’arabe (rien de très compliqué, le seul truc que je ne maîtrise pas encore c’est les voyelles) et en répétant des expressions que me disent mes collègues. Après « fils de chien » il y a quelques mois, maintenant je suis passé dans le registre opposé à apprendre toutes les expressions de politesse – et évidemment, il y en a des tonnes. Les Kurdes, quoi qu’ils disent, c’est comme des Arabes, ça bouffe du Ahlan wa sahlan à tous les repas (« Pkherati » en kurde), ça te ressort du Tfaddali en veux-tu en voilà (« Kalamke », en langue indigène), le tout enrobé d’une myriade d’expressions plus imagées les unes que les autres : sur mes yeux (« ser tchava »), sur ma tête (« sarsari »). [aparte linguistique: imaginez vous une version politiquement correcte de ce blog avec toutes les remarques borderlino-racistes censurées… plus de bons gros clichés sur les Rebeu, plus de généralisation abusive sur la rustrerie et le machisme des Kurdes… qu’est-ce que ce serait chiant, j’aurais plus rien à dire…]
Ce qu’il y a de bien avec le kurde d’Irak (car évidemment, il y a autant de langues kurdes qu’il y a de pays abritant des kurdes, quasiment  - d’ailleurs le kurde peut s’écrire en caractère latins, arabes, ou en cyrillique !), pour moi du moins, c’est que la langue est complètement infestée d’arabe, un peu à la manière du dialecte algérien bouffée par le français. Ecouter des kurdes parler entre eux, c’est un peu comme regarder un documentaire sur l’Algérie : même si je ne comprends pas les trois quarts de la phrase, il y aura toujours dans une phrase en kurde 3 ou 4 mots clefs en arabe que je comprendrai qui m’aideront à deviner le sujet de la conversation. C’est ce qui m’a au moins permis de gagner un tout petit peu l’estime de mes collègues locaux, malgré mes trois handicaps majeurs (femme, jeune, non agronome). Et alors depuis que je me suis aussi mise à essayer d’apprendre trois mots de sourète, je suis devenue la reine du pétrole quand on visite les villages chrétiens. D’ailleurs, vous savez comment on dit merci beaucoup en sourète ? « Bassimo raba »… ça devrait rappeler quelque chose à mes amis jérusiens… !

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