Ça y est, depuis
que j’ai renoncé à ma licence d’arabe, j’ai enfin ouvert mes oreilles et mes
yeux pour me mettre au kurde… et au sourète, tant qu’on y est – la langue des
chrétiens d’Irak, aussi appelée « chrétien » par les gens localement.
J’avoue ça m’a un peu choqué la première fois qu’on m’a demandé « btahki
massihi ? do you speak Christian ? »… Christian… because this is
a language now ??? Et vous, vous parlez juif ou musulman ? En fait c’est
une forme moderne d’araméen, de la même famille que l’arabe et l’hébreu donc,
contrairement au kurde qui est une langue indo-européenne.
Mon collègue
préféré, Hamdi les bons tuyaux, m’expliquait à propos du kurde que c’était très
proche du français parce que « deux » se dit « dou »… enfin,
pour le moment, à part ça et « sar » pour dire « sur » en
français, je n’ai pas trop trouvé de points communs, mais je ne voudrais
surtout pas le contredire, monsieur a sa fierté...
Pour l’instant je
fais ma débile et j’apprends vraiment au compte goutte, en déchiffrant les
panneaux directionnels pour apprendre les rares lettres supplémentaires par
rapport à l’arabe (rien de très compliqué, le seul truc que je ne maîtrise pas
encore c’est les voyelles) et en répétant des expressions que me disent mes collègues.
Après « fils de chien » il y a quelques mois, maintenant je suis
passé dans le registre opposé à apprendre toutes les expressions de politesse –
et évidemment, il y en a des tonnes. Les Kurdes, quoi qu’ils disent, c’est
comme des Arabes, ça bouffe du Ahlan wa sahlan à tous les repas
(« Pkherati » en kurde), ça te ressort du Tfaddali en veux-tu en
voilà (« Kalamke », en langue indigène), le tout enrobé d’une myriade
d’expressions plus imagées les unes que les autres : sur mes yeux
(« ser tchava »), sur ma tête (« sarsari »). [aparte
linguistique: imaginez vous une version politiquement correcte de ce blog avec toutes les
remarques borderlino-racistes censurées… plus de bons gros clichés sur les
Rebeu, plus de généralisation abusive sur la rustrerie et le machisme des
Kurdes… qu’est-ce que ce serait chiant, j’aurais plus rien à dire…]
Ce qu’il y a de
bien avec le kurde d’Irak (car évidemment, il y a autant de langues kurdes
qu’il y a de pays abritant des kurdes, quasiment - d’ailleurs le kurde
peut s’écrire en caractère latins, arabes, ou en cyrillique !), pour moi
du moins, c’est que la langue est complètement infestée d’arabe, un peu à la
manière du dialecte algérien bouffée par le français. Ecouter des kurdes parler
entre eux, c’est un peu comme regarder un documentaire sur l’Algérie :
même si je ne comprends pas les trois quarts de la phrase, il y aura toujours
dans une phrase en kurde 3 ou 4 mots clefs en arabe que je comprendrai qui
m’aideront à deviner le sujet de la conversation. C’est ce qui m’a au moins
permis de gagner un tout petit peu l’estime de mes collègues locaux, malgré mes
trois handicaps majeurs (femme, jeune, non agronome). Et alors depuis que je me
suis aussi mise à essayer d’apprendre trois mots de sourète, je suis devenue la
reine du pétrole quand on visite les villages chrétiens. D’ailleurs, vous savez
comment on dit merci beaucoup en sourète ? « Bassimo raba »… ça
devrait rappeler quelque chose à mes amis jérusiens… !
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