Pour la première fois, j’ai
voulu testé l’anniversaire anonyme. Vu que personne, au Kurdistan, ne
connaissait ma date de naissance, je trouvais ça excitant de passer, pour la
première fois de ma vie, cette journée si spéciale pour moi de manière anonyme (et
oui, car je suis une grande enfant, et pour moi mon anniversaire est toujours
un jour spécial ! ). Je me sentais comme une petite cachotière, à
traverser cette journée comme si de rien n’était en gardant le secret de mon
nouveau numéro, et moi qui normalement déteste les secrets, j’ai adoré promener
avec moi cette cachoterie totalement enfantine et inutile (car il ne s’agit même
pas de cacher mon nouvel âge, de toute façon je préfère les chiffres pairs, j’avais
hâte de me débarrasser du 27 !).
Aller au boulot le matin, comme si de
rien n’était, parler de poules, d’impression de brochures et de jus de pommes
avec mes collègues (ouh la la, je me lâche, je balance des détails sur mon
travail !), puis leur mentionner que c’est aujourd’hui la fête nationale
française et que je vais à Erbil pour assister à la soirée organisée par le
Consulat – tout cela sans éveiller à un seul moment le moindre de leurs
soupçons. Continuer ma journée, débarquer chez mes copains d’Erbil, me préparer
pour la garden party du Consulat, boire du champagne et trinquer au 14 juillet –
en gardant pour moi le double sens de cette journée.
Ce plan aurait pu se
dérouler sans accro et mon complot solitaire (oui je sais, c’est totalement
antinomique un complot solitaire, mais je fais ce que je veux et je dis ce que
je veux, c’est MON anniversaire et c’est MON blog !) s’achever sur un sans
faute, si la technologie n’avait pas été contre moi. Car c’est paradoxalement l’élément
à risque que j’avais identifié qui m’a perdue, mais de manière opposée au
scénario que j’avais envisagé : le téléphone.
Et oui, toute la matinée au
bureau, puis toute la fin d’après-midi à Erbil, j’ai redouté de me trahir par
des coups de fils familio-congratulatoires et des avalanches de textos de vœux,
comme je reçois tous les ans. Et là, rien. A part un sms de ma boss reçu le
matin du Liban, wallou, quetchi, que dalle (heureusement que j’adore ma boss,
sinon ça aurait été le détail qui tue). Pas de coup de fil de maman en plein
rendez-vous chez le marchand de poules, ni de mamie Paulette pendant le
discours du consul général, pas de texto de Clairchen ni de Tonton Pascal pour
me déconcentrer sur le trajet d’Erbil, silence radio, comme si la nouvelle de l’anonymat
avait été propagée à mon insu au monde entier, qui avait décidé de se liguer
contre moi pour rejouer le coup de l’arroseur arrosé. Et vraiment, après
quelques coupes de Mumm sponsorisées par Lafarge et Carrefour, le sentiment d’abandon
familial l’a emporté sur le petit plaisir de ma cachoterie kurde, et j’ai trahi
mon secret pour pouvoir partager avec des oreilles compatissantes ma
frustration face à cet oubli inédit, injustifié et injustifiable (comme tout à
l’heure : c’est MON anniversaire et c’est MON blog, j’exagère et dramatise
la situation autant qu’il me plaît !).
Voilà, mon anniversaire anonyme
aura donc tenu jusqu’à 21h15 environ. Après, c’est devenu un anniversaire comme
un autre ou presque, qui s’est soldé par ma première cuite kurde, assez
honorable même si elle est loin de rentrer dans le top 10. Et le lendemain, en
appelant, pas rancunière, mamie Paulette pour souhaiter un bon anniversaire à
mon papi, j’ai appris que tout ce petit monde avait vainement tenté de me
joindre par téléphone toute la journée...
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