samedi 21 juillet 2012

L’anniversaire anonyme

Pour la première fois, j’ai voulu testé l’anniversaire anonyme. Vu que personne, au Kurdistan, ne connaissait ma date de naissance, je trouvais ça excitant de passer, pour la première fois de ma vie, cette journée si spéciale pour moi de manière anonyme (et oui, car je suis une grande enfant, et pour moi mon anniversaire est toujours un jour spécial ! ). Je me sentais comme une petite cachotière, à traverser cette journée comme si de rien n’était en gardant le secret de mon nouveau numéro, et moi qui normalement déteste les secrets, j’ai adoré promener avec moi cette cachoterie totalement enfantine et inutile (car il ne s’agit même pas de cacher mon nouvel âge, de toute façon je préfère les chiffres pairs, j’avais hâte de me débarrasser du 27 !).

Aller au boulot le matin, comme si de rien n’était, parler de poules, d’impression de brochures et de jus de pommes avec mes collègues (ouh la la, je me lâche, je balance des détails sur mon travail !), puis leur mentionner que c’est aujourd’hui la fête nationale française et que je vais à Erbil pour assister à la soirée organisée par le Consulat – tout cela sans éveiller à un seul moment le moindre de leurs soupçons. Continuer ma journée, débarquer chez mes copains d’Erbil, me préparer pour la garden party du Consulat, boire du champagne et trinquer au 14 juillet – en gardant pour moi le double sens de cette journée.

Ce plan aurait pu se dérouler sans accro et mon complot solitaire (oui je sais, c’est totalement antinomique un complot solitaire, mais je fais ce que je veux et je dis ce que je veux, c’est MON anniversaire et c’est MON blog !) s’achever sur un sans faute, si la technologie n’avait pas été contre moi. Car c’est paradoxalement l’élément à risque que j’avais identifié qui m’a perdue, mais de manière opposée au scénario que j’avais envisagé : le téléphone.

Et oui, toute la matinée au bureau, puis toute la fin d’après-midi à Erbil, j’ai redouté de me trahir par des coups de fils familio-congratulatoires et des avalanches de textos de vœux, comme je reçois tous les ans. Et là, rien. A part un sms de ma boss reçu le matin du Liban, wallou, quetchi, que dalle (heureusement que j’adore ma boss, sinon ça aurait été le détail qui tue). Pas de coup de fil de maman en plein rendez-vous chez le marchand de poules, ni de mamie Paulette pendant le discours du consul général, pas de texto de Clairchen ni de Tonton Pascal pour me déconcentrer sur le trajet d’Erbil, silence radio, comme si la nouvelle de l’anonymat avait été propagée à mon insu au monde entier, qui avait décidé de se liguer contre moi pour rejouer le coup de l’arroseur arrosé. Et vraiment, après quelques coupes de Mumm sponsorisées par Lafarge et Carrefour, le sentiment d’abandon familial l’a emporté sur le petit plaisir de ma cachoterie kurde, et j’ai trahi mon secret pour pouvoir partager avec des oreilles compatissantes ma frustration face à cet oubli inédit, injustifié et injustifiable (comme tout à l’heure : c’est MON anniversaire et c’est MON blog, j’exagère et dramatise la situation autant qu’il me plaît !).

Voilà, mon anniversaire anonyme aura donc tenu jusqu’à 21h15 environ. Après, c’est devenu un anniversaire comme un autre ou presque, qui s’est soldé par ma première cuite kurde, assez honorable même si elle est loin de rentrer dans le top 10. Et le lendemain, en appelant, pas rancunière, mamie Paulette pour souhaiter un bon anniversaire à mon papi, j’ai appris que tout ce petit monde avait vainement tenté de me joindre par téléphone toute la journée...

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