mercredi 18 juillet 2012

La coupure

J’avais réussi à tenir deux mois et demi dans ma maison sans raccordement à un générateur, et je me disais que finalement, même si j’ai eu quelques petites coupures d’électricité d’une heure ou deux par-ci par-là (qui m’ont donné l’occasion de prendre ma première douche à la bougie, comme quoi pas besoin de mec pour vivre des moments romantiques !), la situation électrique à Dohuk n’était pas aussi horrible qu’on me l’avait décrite. Et puis il y a eu ce lundi 16 juillet, quand, de retour d’un week-end fête-nationalo-anniversariste de débauche à Erbil, j’arrive en fin de matinée dans une maison sans électricité. Jusque là, pas de quoi paniquer, des coupures j’en ai déjà vues, comme je viens de vous le dire. C’est en ouvrant mon congel que j’ai compris qu’on était clairement passé au niveau 2 de la coupure de courant – la fonte des glaces avait l’air terminée depuis un bon bout de temps, et le congel était à température ambiante (une petite quarantaine de degrés), ce qui n’avait pas l’air de plaire à mes glaces (baklava et yaourt et fruits rouges) et aux restes de viandes de papi Didier, qui avaient tourné et dont émanaient une charmante odeur de vomi qui n’avait rien à envier à Michel François. Là, en jetant un sac entier de provisions achetées 3 jours plus tôt, je me suis dit qu’il était peut-être temps de me préoccuper de ce putain de raccordement.

Pour les non-initiés, petite parenthèse explicative sur les générateurs avant de poursuivre ce récit. Pour palier aux coupures de l’électricité de ville, il y a dans chaque quartier des générateurs installés et gérés de manière privée, auxquels on peut se raccorder moyennement abonnement. Dans chaque rue ou presque, il y a un tableau électrique qui gère l’électricité venant du générateur, et il suffit donc d’acheter son fusible et d’aller voir les types du générateur pour qu’ils le branchent et démarrent l’abonnement. Ça a l’air tout simple, n’est-ce pas ?

En pratique, cette aventure commence donc gentiment à 11h du matin, pour se terminer vers 15h30.

Première étape : trouver un fusible. J’avais repéré un magasin d’électricité « en face de la mosquée » pas très loin de chez moi (les guillemets, c’est parce que la dite mosquée vient d’être totalement démolie il y a quelques semaines mais reste, bien évidemment, le point de référence de tout le monde dans notre quartier – c’est beau la résilience). A ma première tentative, impossible de faire comprendre au vendeur ce que je voulais, et ce n’est qu’en appelant mon propriétaire pour faire l’intermédiaire que je réussis enfin à obtenir ce que je recherche.

Deuxième étape : le branchement – première tentative. Je vais aux générateurs pour trouver les responsables et faire le branchement. Pas de bol, l’électricien est en train de faire sa sieste, mais son collègue se propose de faire le travail à sa place. Arrivés devant chez moi, on découvre les limites de sa bonne idée : il y a deux tableaux électriques à peu près à distance égale de chez moi, et il n’arrive pas à repérer parmi la forêt de fils qui partent du disjoncteur de ma maison lequel conduit au générateur. On va voir le premier tableau, il essaie de repérer quel fil pourrait venir de chez moi, puis on va voir le deuxième tableau, puis retour au premier, il se gratte la tête, il réfléchit, mais bon, il a beau être plein de bonne volonté, au bout de 10mn à essayer de s’y retrouver au milieu de ces 176 259 fils, il finit par déclarer forfait. Il me donne rendez-vous un peu plus tard, quand son collègue se sera réveillé de sa sieste. En attendant, je bois de l’eau chaude et je bosse un peu tant qu’il me reste un peu de batterie d’ordinateur…

14h30. Deuxième tentative. Mon faux débrouillard et son collègue électricien refont leur apparition, équipés d’une échelle. L’électricien repère le fil qui est censé conduire au tableau de contrôle du générateur, il le suit, le tripote, et s’aperçoit qu’il est foutu et qu’il faut le changer. Retour au magasin pour acheter 30 mettre de câble électrique, pendant que l’autre grimpe à 5 mètres de hauteur sur son échelle adossée à une vague branche d’arbre pour couper le fil casser et le retirer. Quand j’arrive avec le nouveau câble, les deux collègues le déroulent dans la rue, en le laissant un peu tremper dans le caniveau au passage, puis accrochent une pince à l’une des extrémités et commencent à lancer le câble en l’air pour le faire passer par-dessus les autres fils et le récupérer de l’autre côté pour le connecter au tableau électrique. Le petit jeu dure bien 5 à 10 mn, parce que lors des premières tentatives le câble était retombé pile entre deux rangées de fils… L’électricité grimpe ensuite au poteau électrique récupérer le câble (l’échelle appuyée dans le caniveau plein d’eau avec des algues bleu-vert dégueulasses), puis finit le branchement. Je crois bien qu’un agent d’EDF assistant à la scène aurait fait un arrêt cardiaque.

La connexion au générateur ? Vraiment, une simple formalité !

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