samedi 28 juillet 2012

Le Ramadan de la mort

J’en suis cette année à mon cinquième Ramadan oriental, et je pensais être rompue à l’exercice. Il fait chaud, les journées passent au ralenti, une léthargie générale s’empare de la ville et de ses habitants, rien que de très normal, et ici les mosquées augmentent un poil le volume de leurs haut-parleurs (qui sont habituellement très discrets, rendons à César ce qui lui appartient). Un avantage ici, par rapport à mes années hiérosolymites : les enfants du quartier ne deviennent pas hystériques durant Ramadan, à balancer des pétards tous les soirs pendant un mois comme c’était le cas à la favela. D’ailleurs je dois avouer que les dits-enfants, bien que quarante fois plus nombreux que nécessaire pour satisfaire à mes critères en matière d’équilibre de la pyramide des âges du quartier, et qui envahissent la rue pour jouer dès que le déclin du soleil et le relâchement de l’attention des parents le permettent, sont remarquablement peu bruyants au vu de leur nombre infini (j’ai toujours peur qu’il y en est un sous mes roues quand je passe en voiture). Et en plus, contrairement aux favelitos que je ne portais guère dans mon cœur et qui me le rendais bien en commentant chacun de me passages devant leur coin de mur habituel, les petits dohukois sont gentils et foreigner-friendly. Maintenant que j’y pense, je n’ai pas essuyé un seul « Fuck you » depuis mon arrivée ! Peut-être qu’ils sont juste moins anglophones que les Palestiniens en fait…

Bref, je m’égare et m’éloigne de mon sujet principal : cet horriiiiible Ramadan. Je pensais être rompue à l’exercice disais-je, mais c’était avant de connaître le ramadan à cent mille degrés ! Mais comment font les gens ? Même si la température est un poil retombée depuis dimanche dernier, le premier jour de ma vie où j’ai vu une température qui commençait par le chiffre 5 (je ne m’en suis toujours pas remise, pas tellement de la chaleur mais du symbole : putain 50°, merde ! – oui ça vaut bien deux gros mots, un événement pareil), la chaleur en journée est tout simplement accablante.  Un de mes collègues qui jeune, et qui était déjà à l’agonie de soif à deux heures de l’après-midi mardi, m’expliquait sa méthode pour survivre à ce ramadan infernal : dès le boulot fini, il va se coucher et dort jusqu’à l’heure de l’iftar (la rupture du jeûne, pour les incultes parmi vous). A mon avis ça doit être plus proche du coma que de la sieste, un sommeil pareil...

Parce que franchement, j’ai déjà eu chaud, mais là il fait VRAIMENT chaud. Tellement que, ces jours-ci, que j’ai pris l’habitude d’enlever mon soutien-gorge dès que je franchis le seuil de la baraque (je rends hommage aux dimanches sans soutifs de l’Annette, par la même occasion : à Dohuk, en ce moment, c’est tous les jours dimanche !). Et comme ici, on n’est pas à Dubai, chez moi y a la clim certes mais pas partout hein, dans trois pièces : le salon et les deux chambres. Dans le salon elle fait un bruit d’hélico, et dans ma chambre, même à fond, vu la super isolation (on ne peut même pas complètement fermer la fenêtre, les peintres ont un peu trop abusé sur la couche de peinture ça bloque le système…), j’en suis réduite à dormir à poil pour ne pas être en nage, alors que je déteste ça quand je suis toute seule… Et quand par malheur l’électricité de ville saute, comme la clim ne fonctionne pas sur générateur, la pièce prend 15 degrés en 10mn, et je me retrouve à baigner dans mon propre jus. Et attention, la nuit, la chaleur ne retombe pas, ce serait trop simple ! A l’heure où je vous écris, 21h24, le soleil s’est couché depuis deux heures, il fait nuit noire, je suis sur ma terrasse et je dégouline de chaud. Il doit encore faire 40°.
Mon programme de survie pour ce ramadan, c’est donc de m’enquiller des bouteilles d’eau, cachée dans mon bureau, et de rentrer travailler chez moi l’après-midi pour pouvoir manger autant que je veux. Heureusement, à la clef, comme récompense au bout de cette traversée du désert, le Saint Graal : Istanbul, J-19 !

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