J’en suis cette
année à
mon cinquième Ramadan oriental, et je pensais être rompue à l’exercice. Il fait
chaud, les journées passent au ralenti, une léthargie générale s’empare de la
ville et de ses habitants, rien que de très normal, et ici les mosquées
augmentent un poil le volume de leurs haut-parleurs (qui sont habituellement
très discrets, rendons à César ce qui lui appartient). Un avantage ici, par
rapport à mes années hiérosolymites : les enfants du quartier ne deviennent
pas hystériques durant Ramadan, à balancer des pétards tous les soirs pendant
un mois comme c’était le cas à la favela. D’ailleurs je dois avouer que les dits-enfants,
bien que quarante fois plus nombreux que nécessaire pour satisfaire à mes
critères en matière d’équilibre de la pyramide des âges du quartier, et qui
envahissent la rue pour jouer dès que le déclin du soleil et le relâchement de
l’attention des parents le permettent, sont remarquablement peu bruyants au vu
de leur nombre infini (j’ai toujours peur qu’il y en est un sous mes roues
quand je passe en voiture). Et en plus, contrairement aux favelitos que je ne
portais guère dans mon cœur et qui me le rendais bien en commentant chacun de
me passages devant leur coin de mur habituel, les petits dohukois sont gentils
et foreigner-friendly. Maintenant que j’y pense, je n’ai pas essuyé un seul « Fuck
you » depuis mon arrivée ! Peut-être qu’ils sont juste moins
anglophones que les Palestiniens en fait…
Bref, je m’égare et m’éloigne de mon sujet principal : cet
horriiiiible Ramadan. Je pensais être rompue à l’exercice disais-je, mais c’était
avant de connaître le ramadan à cent mille degrés ! Mais comment font les
gens ? Même si la température est un poil retombée depuis dimanche
dernier, le premier jour de ma vie où j’ai vu une température qui commençait
par le chiffre 5 (je ne m’en suis toujours pas remise, pas tellement de la chaleur
mais du symbole : putain 50°, merde ! – oui ça vaut bien deux gros
mots, un événement pareil), la chaleur en journée est tout simplement
accablante. Un de mes collègues qui
jeune, et qui était déjà à l’agonie de soif à deux heures de l’après-midi mardi,
m’expliquait sa méthode pour survivre à ce ramadan infernal : dès le
boulot fini, il va se coucher et dort jusqu’à l’heure de l’iftar (la rupture du
jeûne, pour les incultes parmi vous). A mon avis ça doit être plus proche du
coma que de la sieste, un sommeil pareil...
Parce que franchement, j’ai déjà eu
chaud, mais là il fait VRAIMENT chaud. Tellement que, ces jours-ci, que j’ai
pris l’habitude d’enlever mon soutien-gorge dès que je franchis le seuil de la
baraque (je rends hommage aux dimanches sans soutifs de l’Annette, par la même
occasion : à Dohuk, en ce moment, c’est tous les jours dimanche !). Et
comme ici, on n’est pas à Dubai, chez moi y a la clim certes mais pas partout
hein, dans trois pièces : le salon et les deux chambres. Dans le salon
elle fait un bruit d’hélico, et dans ma chambre, même à fond, vu la super
isolation (on ne peut même pas complètement fermer la fenêtre, les peintres ont
un peu trop abusé sur la couche de peinture ça bloque le système…), j’en suis
réduite à dormir à poil pour ne pas être en nage, alors que je déteste ça quand
je suis toute seule… Et quand par malheur l’électricité de ville saute, comme
la clim ne fonctionne pas sur générateur, la pièce prend 15 degrés en 10mn, et
je me retrouve à baigner dans mon propre jus. Et attention, la nuit, la chaleur
ne retombe pas, ce serait trop simple ! A l’heure où je vous écris, 21h24,
le soleil s’est couché depuis deux heures, il fait nuit noire, je suis sur ma
terrasse et je dégouline de chaud. Il doit encore faire 40°.
Mon programme de survie
pour ce ramadan, c’est donc de m’enquiller des bouteilles d’eau, cachée dans
mon bureau, et de rentrer travailler chez moi l’après-midi pour pouvoir manger
autant que je veux. Heureusement, à la clef, comme récompense au bout de cette traversée du désert, le Saint
Graal : Istanbul, J-19 !
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