Après deux semaines de répit
culinaire français, quoi de plus naturel que de reprendre le fil du blog par un
encart gastronomique ? Aaaah les restos kurdes, attention les vélos !
Dans ce domaine comme pour beaucoup d’autres, nous n’avons pas, mes collègues
kurdes et moi, les mêmes critères de qualité. Les lieux préférés de mes
collègues pour déjeuner ressemblent à un
mélange de cafet de restoroute pour la localisation, bien au bord de la route,
de préférence à proximité d’une station service pour faire plus typique, et de
resto « usine » de zone commerciale de banlieue, pour le côté immense
hall hyper aseptisé et avec de préférence une vue magnifique sur... rien - ben
oui, la nature kurde est trop belle, et risquerait de détourner notre attention
de la (mauvaise) qualité de la bouffe !
Par contre, même si et le décor, et
la bouffe sont moyens (voire moins), comme on est quand même dans un pays de
rentiers, pour l’addition, c'est le même topo que dans nos bons vieux restoroutes hexagonaux : c’est
pas bon, mais c’est cher quand même ! L’autre jour, un collègue
m’emmène dans un de ses restos préférés, sur la route des montagnes. On se gare
sur le parking d’une station essence, on traverse en courant la deux fois deux
voies (les Kurdes ont naturellement un petit côté La Fureur de Vivre dans leur
manière d’être, je crois), et on se retrouve dans une immense salle
surclimatisée, ambiance chambre froide, à bouffer deux brochettes et une salade
de rien du tout pour 15,000 dinars, soit environ 10 Euros. Sûr que ça fait cher
le bout de barbaque, mais en même temps il faut bien ça pour payer les 48
employés qui tournent autour de toi tout au long du repas comme les mouches
autour des vaches. Car ici, comme dans pas mal d’autres pays de la région
d’ailleurs, la restauration est un secteur professionnel hyper compartimenté et
hiérarchisé. Il y a l’homme qui t’installe, prend ta commande et te donne ta
note, lui clairement il est au top de la hiérarchie, juste en dessous bien
entendu du patron (l’homme assis derrière la caisse, qui n’en bouge pas d’un
poil, tel Jean-Louis Girardot à sa caisse du Cadran, à l’époque). Après, il y a
un million de jobs, c’est la division du travail poussée à l’extrême :
celui qui amène les soupes et les salades, celui qui amène les boissons (au
restoroute de la semaine derrière, le type passait carrément de table en table
avec un chariot, on aurait un peu dit la dame qui passait pendant l’entracte au
cinéma avec son panier plein de pop corn Baff et de fraises Tagada), celui qui
amène les plats, celui qui débarrasse, et enfin celui qui amène le thé. Tout ce
petit monde pour une pauvre soupe réhydratée, deux bouts de salade pas
assaisonnés et deux brochettes trop cuites !
Finalement, l’endroit
le plus chouette où j’ai mangé dans la montagne était un petit bouiboui de bord
de route, une baraque en préfabriqué avec juste une petite terrasse de quelques
tables ombragée par une sorte de tonnelle en treille de vignes, avec une vue époustouflante sur la
vallée et les montagnes. Et en plus il y avait de la bière… que demande le
peuple ?
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