samedi 7 juillet 2012

L'encart gastronomique

Après deux semaines de répit culinaire français, quoi de plus naturel que de reprendre le fil du blog par un encart gastronomique ? Aaaah les restos kurdes, attention les vélos ! Dans ce domaine comme pour beaucoup d’autres, nous n’avons pas, mes collègues kurdes et moi, les mêmes critères de qualité. Les lieux préférés de mes collègues pour déjeuner ressemblent  à un mélange de cafet de restoroute pour la localisation, bien au bord de la route, de préférence à proximité d’une station service pour faire plus typique, et de resto « usine » de zone commerciale de banlieue, pour le côté immense hall hyper aseptisé et avec de préférence une vue magnifique sur... rien - ben oui, la nature kurde est trop belle, et risquerait de détourner notre attention de la (mauvaise) qualité de la bouffe !

Par contre, même si et le décor, et la bouffe sont moyens (voire moins), comme on est quand même dans un pays de rentiers, pour l’addition, c'est le même topo que dans nos bons vieux restoroutes hexagonaux : c’est pas bon, mais c’est cher quand même ! L’autre jour, un collègue m’emmène dans un de ses restos préférés, sur la route des montagnes. On se gare sur le parking d’une station essence, on traverse en courant la deux fois deux voies (les Kurdes ont naturellement un petit côté La Fureur de Vivre dans leur manière d’être, je crois), et on se retrouve dans une immense salle surclimatisée, ambiance chambre froide, à bouffer deux brochettes et une salade de rien du tout pour 15,000 dinars, soit environ 10 Euros. Sûr que ça fait cher le bout de barbaque, mais en même temps il faut bien ça pour payer les 48 employés qui tournent autour de toi tout au long du repas comme les mouches autour des vaches. Car ici, comme dans pas mal d’autres pays de la région d’ailleurs, la restauration est un secteur professionnel hyper compartimenté et hiérarchisé. Il y a l’homme qui t’installe, prend ta commande et te donne ta note, lui clairement il est au top de la hiérarchie, juste en dessous bien entendu du patron (l’homme assis derrière la caisse, qui n’en bouge pas d’un poil, tel Jean-Louis Girardot à sa caisse du Cadran, à l’époque). Après, il y a un million de jobs, c’est la division du travail poussée à l’extrême : celui qui amène les soupes et les salades, celui qui amène les boissons (au restoroute de la semaine derrière, le type passait carrément de table en table avec un chariot, on aurait un peu dit la dame qui passait pendant l’entracte au cinéma avec son panier plein de pop corn Baff et de fraises Tagada), celui qui amène les plats, celui qui débarrasse, et enfin celui qui amène le thé. Tout ce petit monde pour une pauvre soupe réhydratée, deux bouts de salade pas assaisonnés et deux brochettes trop cuites !

Finalement, l’endroit le plus chouette où j’ai mangé dans la montagne était un petit bouiboui de bord de route, une baraque en préfabriqué avec juste une petite terrasse de quelques tables ombragée par une sorte de tonnelle en treille de vignes, avec une vue époustouflante sur la vallée et les montagnes. Et en plus il y avait de la bière… que demande le peuple ?

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